dans les pas de bach — partition visuelle d'un voyage
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En décembre 2022, le violoncelliste Benjamin Glorieux a entamé un voyage de plusieurs semaines entre Arnstadt et Lübeck. Violoncelle sur le dos, il a parcouru le chemin emprunté par Bach il y a 300 ans pour aller écouter son maître Buxtehude. L'artiste Emilie Lauwers a receuilli ses impressions dans une installation.
l'exposition
Entreprendre un voyage. Marcher et cogiter en mettant automatiquement un pied devant l’autre. Tracer un sillon dans la terre. Récolter de belles choses en chemin et leur donner un sens. Faire une moisson de petits trésors, de petites choses sans importance qui attendaient sur le bord du chemin d’être ramassées. Pour autant qu’on y soit disposé, tout vous parle : il suffit d’écouter et d’accueillir le moment présent.
Deux récits se confondent dans cette installation : d’une part, le parcours personnel et introspectif d’un violoncelliste qui rallie Arnstadt à Lübeck, son instrument sur le dos ; d’autre part, le récit plus large, des six suites pour violoncelle seul de Jean-Sébastien Bach, célèbres dans le monde entier, jouées des millions de fois et ancrées dans notre inconscient collectif. Quand Benjamin m’a décrit les six suites en les jouant sur son violoncelle, j’ai visualisé devant moi un humble voyageur au cœur d’un immense et magnifique paysage. J’ai suivi les méandres de ses pensées et de ses sentiments et j’ai vu les décors traversés six jours durant.
Partir à l’aventure et sans but précis était une véritable gageure. S’en remettre au hasard, oui, mais il fallait que tout soit possible et permis. Après quelques jours, le périple de Benjamin a commencé à livrer ses secrets. Un soir, il m’a envoyé la photo d’un arbre portant l’inscription « Natur Denkmal » (monument naturel), alors que près de chez moi, un énorme vieux saule pleureur avait été abattu. Un autre soir, il m’a transféré la photo d’un pin dans un camp de travail datant de la Seconde Guerre mondiale : les branches, ployant sous une épaisse couche de neige, abritaient une parcelle de sol encore verte. Cette image m’a également touchée et il m’est apparu évident que cet arbre racontait tout, qu’il était lié au moment de vide de la cinquième suite. L’un sur la route, l’autre à la maison : les découvertes fortuites se sont entremêlées et ont enfanté un nouveau propos.
Les six suites, composées d’autant de mouvements, ont donné naissance à six modules indépendants. L’interprétation de la musique et de ses tonalités par Benjamin a déterminé le choix de la structure et des matériaux. Le premier module, fabriqué dans un bois modeste, est simple et ouvert, comme un prélude au suivant. Le deuxième, réalisé en fer rouillé et en terre, est cynique et interpellant. Le troisième, en acier, est fermé et percé de judas. Le quatrième est complexe et chargé d’histoires. Le cinquième, foncé et abîmé, est posé sur des bâtons de marche usagés. Quant au dernier, il est joyeux, triomphant et satisfait. Enfin, nous avons rempli ces six « cabinets de curiosités » de témoignages, d’images et d’objets. L’installation est devenue une partition visuelle des suites pour violoncelle seul de Bach, du voyage en tant que tel, des hauts et des bas, des chemins et des rues. Le récit d’un voyageur dans le décor enneigé d’Arnstadt à Lübeck et son cheminement intérieur. Une rencontre avec le monde et avec soi-même.
Pratique
Vous pouvez visiter l'expo gratuitement entre le 10 et le 26 mars 2023, dans la Salle du Conseil à Bozar.
Credits
Benjamin Glorieux, concept
Emilie Lauwers, concept, design et réalisation
David Carney, design et réalisation
En collaboration avec Bozar