[sold out] Sonia Wieder-Atherton, Sarah Rothenberg & Chantal Akerman
D’Est en Musique
Bienvenue à la dix-neuvième édition du Klarafestival! Le thème Crossroads – Come Together illustre à merveille la rencontre entre le public, les artistes et leurs concerts inspirants. Un lieu de convergence où le gratin de la musique classique internationale engage le dialogue avec des créations fortes et des talents émergents.
L’inspiratrice de cette édition n’est autre que l’artiste Claron McFadden. « Je me trouve à un carrefour où les styles et les générations se croisent, se rencontrent et se heurtent », confie-t-elle. C’est ce constat qui a tissé la trame du programme. Le Klarafestival est comme refuge où règnent l’espoir, le concert des voix et la beauté sous toutes ses formes. Un lieu où le familier prend un nouveau sens et où les nouvelles expériences nous submergent.
Jan Raes, président
Joost Fonteyne, intendant
Chantal Pattyn, manager Klara
Sonia Wieder-Atherton – concept, cello
Chantal Akerman – concept, film
Sarah Rothenberg – piano
Héloïse Evano – general direction
Quentin Balpe – video direction
Production: Philharmonie de Paris
Executive production: Walter films
Coproduction: Klarafestival, Bozar
In collaboration with: Chantal Akerman Foundation, CINEMATEK, le Jeu de Paume
With special thanks to Théâtre du Soleil, Olivier Gluzman - Les Visiteurs du Soir
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Maurice Ravel (1875-1935)
Kaddish for cello and piano
Sergei Rachmaninoff (1873-1943)
Sonata for cello and piano in g, Op. 19 (1st part)
Boris Tchaikovsky (1925-1996)
Sonata for solo cello (Aria)
Frédéric Chopin (1810-1849)
Sonata for cello and piano, Op. 65 (Scherzo: Allegro con brio)
Bohuslav Martinů (1890-1959)
Sonata No. 2 for cello and piano (Largo)
Leoš Janáček (1854-1928)
Moravian poem for solo cello (transcr. Franck Krawczyk & Sonia Wieder-Atherton)
Béla Bartók (1881-1945)
Romanian Folk Dances for cello and piano (IV, III)
Alfred Schnittke (1934-1998)
Sonate No. 1 for cello and piano
Sergei Prokofiev (1891-1953)
Adagio for cello and piano, Op. 97bis (excerpt from the ballet Cendrillon)
Mercredi matin, -8°C. Un blizzard comme on en connaît peu à l’Ouest, le temps parfait pour dialoguer avec Sonia Wieder-Atherton autour D’Est en musique. À l’arrivée devant sa porte, son violoncelle résonne. Ce son tellement profond qu’elle a forgé pendant des années, y compris pendant deux ans dans le Moscou des années 1980, le son qu’elle ne s’arrêtera jamais de creuser. Puis cette envie, soudain, qu’elle continue sans qu’elle remarque que je l’attends, là, juste à l’extérieur. Mais il fait polaire, et puis on a rendez-vous, alors je passe la tête derrière la fenêtre, elle me voit, le son s’éteint, une porte s’ouvre. Les dernières résonances s’envolent pour faire place à une rencontre de chair et d’os, qui se révélera d’une intensité inoubliable.
Bien avant D’Est en musique, il y a d’abord un long métrage de Chantal Akerman, D’Est, tourné avec des moyens très réduits en Europe de l’Est au tout début des années 1990. Elle sillonne l’ancien bloc de l’Est, du printemps à cet hiver de là-bas qui n’en finit jamais. Il n’y a pas de dialogues, mais les regards sont soutenus. Des gens font la queue, marchent ou attendent le bus, souvent dans l’obscurité, souvent dans la neige boueuse. D’autres préparent un thé, regardent la caméra, nous dévoilent leurs intérieurs. Parfois, aussi, on ne voit qu’une fenêtre. Quelque chose s’est sans doute passé, mais on n’en saura pas plus – le documentaire frôle la fiction. « Ces visages d’Est, je les connaissais, ils me faisaient penser à d’autres visages. Et ces files d’attente, ces gares, tout cela résonnait en moi, faisait écho à cet imaginaire, à ce trou dans mon histoire… » (Chantal Akerman, Autoportrait en cinéaste). Comme dans la musique russe, qui peut traduire avec une force phénoménale ce que les mots n’ont pas le droit de dire, le constat n’est pas explicite : tout est exprimé dans une zone de non-dit.
Sonia Wieder-Atherton avait déjà joué un rôle dans la création de ce film : « Son D'Est m'a fascinée, sans la musique. Ça a été pour moi comme une élégie, ça a été extraordinaire. On avait d'ailleurs cherché des musiques ensemble, il y a du Chaliapine, il y Natalia Shakhovskaïa qui joue dedans. » La violoncelliste connaissait en effet le terrain, grâce à ses études à Moscou, à une époque où c’était le Quai D’Orsay qui avait dû organiser l’échange d’étudiants entre la France et l’URSS. « L’Est m’attirait. Au-delà de la littérature, il y avait ce son que j’entendais : il était différent, comme une autre langue dont vous aimez la mélodie, mais dont vous n’arrivez pas à percer le mystère.’
‘J’ai découvert là-bas un enseignement fondamentalement différent, qui prend beaucoup plus de temps : on creuse très longtemps son rapport à l’œuvre, au contraste, le rapport à ses peurs, au monde — bien au-delà de l’art de bien jouer son instrument. C’était à la fois un travail extrêmement intense et très dirigé, et en même temps un travail qui ouvrait beaucoup d’horizons, transmis dans une forme d’urgence. Et puis il y avait aussi le fait d’être à l’étranger, face à soi-même, de connaître ce régime, ce pays, cette culture, ce quotidien très rude. C’est inséparable de mon expérience. » La Russie est restée très présente dans la vie de la violoncelliste, elle y est retournée souvent jusqu’à l’invasion de l’Ukraine en 2022, nous y reviendrons. Ce qui perdure aujourd’hui le plus en elle, plus encore que son attachement au répertoire slave, c’est surtout cette approche singulière du son.
La bande-son du film D’Est est presque exclusivement faite de son direct, c’est-à-dire le son d’ambiance capté au moment du tournage des images. On devine certains dialogues, mais à l’arrière-plan. Parfois, c’est un bruit de cuiller ou de chariot que l’on pousse. La musique est aussi là, dès l’origine. Quasiment chaque fois qu’elle se fait entendre, on la voit à l’écran : au concert, en famille ou au bal. Et chaque fois qu’elle s’invite dans les images, le film prend une tournure et une force différentes. Les longs plans fixes, les travellings qui étirent le temps appellent la musique de toutes leurs forces — et c’est ici que l’on arrive au projet de ce soir.
« D'Est en musique, c'est vraiment la chose qu'on a créée ensemble. Nos deux univers se sont réunis pour créer cet objet » continue Sonia Wieder-Atherton. « J'ai parlé à Chantal de ce rêve que j'avais d'essayer quelque chose avec la musique sur D’Est. Elle m’a laissée absolument libre et j'ai passé une semaine de résidence à expérimenter des pistes. » La violoncelliste donne corps à des intuitions, elle confronte plusieurs pièces à différentes séquences : ce n’est qu’en vivant ce dialogue qu’elle se rend compte de ce qui ouvre des portes et ce qui ne fonctionne pas. « Je me souviendrai toujours de la scène que j'ai montrée à Chantal quand elle est venue, c'était le bal, qui arrive à la fin, ce bal dans le Grand Hôtel de Moscou. Nous jouons un Adagio de Prokofiev dessus, au lieu d'avoir le son direct de la scène du film. Et Chantal a été stupéfaite. Elle a adoré. Elle a dit qu’on allait continuer ensemble. »
« Chantal Akerman a remonté son film pour D’Est en musique : on a choisi les musiques, les moments, les ruptures, la fin. Chantal a même changé un peu l'ordre de son film pour qu’il se fonde avec la musique. Parfois, on laissait une scène dans le silence, on trouvait que c'était beau. Ça a vraiment été une création d'un objet nouveau, une sorte de concert-images. » C’est quand les frontières artistiques se font oublier pour créer une nouvelle forme de perception que Sonia Wieder-Atherton se sent vivre. « Les œuvres du répertoire sont comme des amis avec lesquels je voyage — je les amène là où j’ai envie d’aller, face au monde, avec ce qu’elles ont à dire. » Engendrer la surprise, c’est aussi faire rejaillir la force de l’œuvre sous une lumière nouvelle.
Plus encore qu’un concert-images, aujourd’hui, on parlerait d’installation artistique immersive : « Le film est projeté sur un tulle sombre, qui le rend beaucoup plus fantomatique — avec sa transparence et sa noirceur, mais aussi la double projection propre au tulle translucide, qui flotte comme une résonance du son. Personne n’en revenait parce que Chantal, qui a également créé la lumière, voulait assombrir l’ensemble, toujours plus, jusqu’à la limite du visible. Il y a par exemple un long travelling dans la gare de Moscou, avec des grands murets de marbre blanc. Quand le film arrive sur le marbre, tout à coup, dans ce blanc lumineux, vous découvrez les musiciens derrière le tulle, avant qu’ils ne disparaissent dans les silhouettes des gens, puis réapparaissent à nouveau. C’est alors comme si on rentrait dans l’image, qu'on flottait dans la neige de Moscou. Chantal jouait beaucoup avec ça, l’ombre et la pénombre. »
D’Est nous fait découvrir les images d’un voyage continu, alors que la musique D’Est en musique saute parfois d’un pays à l’autre, revient en arrière ou développe l’art des détours. Pourtant, il s’agit aussi d’un voyage. « Je pense que les musiques suivent totalement les moments du film, comme si la musique donnait à imaginer ce à quoi les gens pouvaient penser. Quand ils sont dans les queues, qu’on les voit regarder de face, c'est comme si la musique libérait une sorte d'imaginaire de ce qui se passe dans l'intérieur des gens. »
La version 2024 ne peut pas être la même que la version initiale : on ne peut pas nier l’état du monde… « D’Est en musique commence dans un champ de pommes de terre en Ukraine, avec des femmes qui font la récolte. Je me suis dit qu’on ne pouvait pas laisser le spectacle tel quel : il y avait beaucoup de musique russe dans les premières séquences, c’était comme si la Russie mangeait toute l'Europe de l'Est. J'ai donc fait des petites modifications qui ne changent rien au montage : en commençant par un Kaddish de Ravel sur des chants d’Ukraine, j'ai trouvé une manière que je pense assez forte pour marquer comme une reconnaissance de la tragédie actuelle. Je pense que si Chantal avait été là [la cinéaste est décédée en 2015], on aurait travaillé ensemble comme j'ai travaillé là, parce que c'est sûr qu'elle aurait voulu la même chose — mais j'ai dû imaginer sa présence. Le travail de Chantal et son rapport au monde, c'était toujours justement d'être lié au monde. Et, en étant lié au monde, on ne peut pas faire abstraction de cette guerre monstrueuse. À l’époque du tournage, elle avait dit qu’elle était allée à l’Est‘tant qu'il est encore temps’. Cette phrase était terriblement prémonitoire. »
Lise Bruyneel
Sonia Wieder-Atherton
La violoncelliste Sonia Wieder-Atherton est la polyvalence incarnée. Elle se joue allègrement des frontières entre genres musicaux. Elle est aussi à l’aise dans un répertoire classique que dans les créations de compositeurs contemporains comme Betsy Jolas, Georges Aperghis, Bernard Foccroulle ou Pascal Dusapin, sans oublier les arrangements de chants traditionnels klezmer et d’Europe de l’Est ou encore des titres de Nina Simone. En tant que soliste, elle a collaboré, entre autres, avec l’Orchestre National de France, l’Orchestre philharmonique de la NDR, le REMIX Ensemble et l’Asko|Schönberg Ensemble. Dans ses récitals, elle fait souvent converger plusieurs disciplines artistiques (cinéma, poésie, danse) en un syncrétisme mystérieux.
Sarah Rothenberg
Sarah Rothenberg associe son métier de pianiste-interprète à des talents de rédactrice musique et culture pour plusieurs magazines de littérature et de musicologie. Depuis 1994, elle est aussi directrice artistique de Da Camera Houston, une association reconnue pour ses projets musicaux novateurs et révolutionnaires. Dans ses spectacles, Sarah Rothenberg mêle la musique, les arts visuels et la littérature de façon inattendue, mais toujours pertinente. Dans ses concerts et ses enregistrements, elle fait la part belle aux créations contemporaines et aux compositeurs oubliés ou méconnus du passé. On épingle Fanny Mendelssohn ou l’avant-garde russe des années 1910-20.
Chantal Akerman
Chantal Akerman (1950-2015) est une cinéaste belge, qui a connu la gloire internationale avec des films et documentaires comme Je, tu, il, elle (1974), Golden Eighties (1986), La captive (2000) et No Home Movie (2015). Son langage se caractérise par des plans longs et assez statiques, pour faire prendre conscience au spectateur du temps qui passe. Son film le plus connu, Jeanne Dielman, 23, quai du commerce, 1080 Bruxelles (1975), évoque le train-train quotidien d’une veuve. Il est considéré comme l’un des plus grands films féministes. En 2022, il a été élu meilleur film de tous les temps au classement décennal établi par le British Film Institute.
Post-scriptum de Sonia Wieder-Atherton
Ce sont les extraordinaires images du film D’Est de Chantal Akerman, restées gravées en moi, qui m’ont donné l’envie de ce projet. Quand j’ai regardé un extrait du film, sans son, pendant que la sonate de Schnittke plus tard résonnaient à pleine voix, j’ai vu la musique, cette musique, transformer les voitures roulant dans la neige en ballerines légères, suivre d’un regard de parent des enfants jouant à la luge ; je l’ai vue protéger des femmes ramassant des pommes de terre dans un champs mais aussi rendre menaçant un bâtiment caché derrière des arbres, de nuit. Mais sans jamais expliquer ni commenter. Les mouvements s’entremêlent ; l’image et la musique s’écoutent, se regardent, se croisent…
C’était en 2005, D’Est en musique naissait. Déjà résonnait cette phrase de Chantal Akerman : « J’ai voulu aller filmer tant qu’il est encore temps ». Se trouver aujourd’hui devant ces premières images filmées en Ukraine, devant ces visages qui nous regardent, cela l’histoire ne peut l’effacer. Même si la forme n’a pas changé, j’ai choisi de changer quelques musiques, comme pour rendre plus présente la multiplicité de cultures dans cette Europe de l’Est. C’est ma mémoire de Chantal jouant des lumières comme une partition, la mémoire de ses phrases décrivant ce que nous cherchions à atteindre, la mémoire de ce que je voyais apparaître sur le plateau, qui a permis de voir renaître D’Est en musique aujourd’hui, 20 ans plus tard… Une mémoire que j’ai tenté de transmettre.
Sonia Wieder-Atherton
presenting partners
Klara, KPMG
event partners
Belfius, BMW, Proximus, Brouwerij Omer Vander Ghinste, Interparking
public funding
Brussels Hoofdstedelijk Gewest, Nationale Bank, Nationale Loterij-meer dan spelen, Vlaamse Gemeenschap, Vlaamse Gemeenschapscommissie
cultural partners
Bozar, Flagey, Ancienne Belgique, Kaaitheater, Muntpunt
festival suppliers
Maison De La Poste, Fruit at Work, Levi Party Rental, Drukkerij Bosmans, Café Victor, Brussels Booking Desk, Ray & Jules, Maison Dandoy
media partners
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