Cécile McLorin Salvant
Ogresse
Bienvenue à la dix-neuvième édition du Klarafestival! Le thème Crossroads – Come Together illustre à merveille la rencontre entre le public, les artistes et leurs concerts inspirants. Un lieu de convergence où le gratin de la musique classique internationale engage le dialogue avec des créations fortes et des talents émergents.
L’inspiratrice de cette édition n’est autre que l’artiste Claron McFadden. « Je me trouve à un carrefour où les styles et les générations se croisent, se rencontrent et se heurtent », confie-t-elle. C’est ce constat qui a tissé la trame du programme. Le Klarafestival est comme refuge où règnent l’espoir, le concert des voix et la beauté sous toutes ses formes. Un lieu où le familier prend un nouveau sens et où les nouvelles expériences nous submergent.
Jan Raes, président
Joost Fonteyne, intendant
Chantal Pattyn, manager Klara
Cécile McLorin Salvant – composition, vocals
Darcy James Argue – arrangement, musical direction
Alexa Tarantino – saxophone, clarinet, flute
Tom Christensen – bass clarinet, English horn, oboe, saxophone
Kirk Knuffke – trumpet
Josh Roseman – trombone, tuba
Warren Wolf – marimba, vibraphone
Brandon Seabrook – banjo, guitar
Helen Sung – melodica, organ, piano
David Wong – double bass
Samuel Torres – percussion
Mivos Quartet:
Olivia de Prato – violin
Maya Bennardo – violin
Victor Lowrie – viola
Nathan Watts – cello
Visual and digital design: Cécile McLorin Salvant with Lia Bertels
Projection design: Marie Cirade
Coproduction: Klarafestival, Bozar
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Cécile McLorin Salvant (1989)
Ogresse
Dans son spectacle Ogresse, la chanteuse et compositrice Cécile McLorin Salvant s'inspire de la tradition des histoires d'ogres et d'ogresses, ces créatures mythologiques géantes qui dévorent les gens avec une prédilection toute particulière pour les enfants. Dans les contes français de Charles Perrault, auteur du XVIIe siècle, l'ogre est toujours vaincu par une tromperie, qui entraîne souvent sa mort. Ogresse s'appuie sur ces éléments narratifs typiques : un villageois, plus rusé que fort, élabore un plan pour impressionner ses concitoyens. Séduire l'ogresse qui vit dans la forêt, gagner sa confiance et la tuer. Au début, cette dernière ne croit pas à ses avances, mais elle se laisse ensuite peu à peu convaincre que l'homme la trouve vraiment attirante. L'homme, quant à lui, éprouve des sentiments sincères en apprenant à mieux la connaître. Lorsqu'il veut jeter dans la rivière le poignard avec lequel il comptait la tuer, rompant ainsi avec ses projets de meurtre, elle le surprend l'arme à la main et voit clair dans son plan initial. Sa méfiance et son incrédulité face à son intérêt s'avèrent justifiées et il ne parvient pas à la convaincre de son changement d'attitude. Submergée par des sentiments de trahison et de regrets, elle déclenche la fin tragique et enragée de l'histoire.
Comme dans son dernier album Mélusine, Salvant présente ici une femme différente. Elle se demande si quelqu'un peut l'aimer et si elle peut lui faire confiance. Dans Ogresse, Salvant explore la complexité d'un personnage diabolisé et lui donne une histoire qui explique en partie son comportement violent : une expérience traumatisante avec un beau-père la remplit d'une faim qu'elle tente d'assouvir en dévorant des gens. Elle entend en quelque sorte une voix qui lui dit ce qu'elle doit faire. Les villageois à l'orée de la forêt où elle vit l'évitent et la considèrent comme une menace.
Dans un entretien avec le spécialiste du jazz Richard Scheinin, Salvant cite quatre sources d'inspiration pour Ogresse qui montrent l'étendue de son cadre de référence musical et historico-culturel. Salvant voit un premier lien musical dans la cantate baroque française, qui a connu son apogée dans les premières décennies du dix-huitième siècle et a perdu de son importance lorsque l'opéra a regagné en popularité en France. La forme multipartite avec récitatifs et airs et le caractère mythologique et allégorique de la cantate baroque trouvent un écho dans Ogresse.
L'enregistrement de Murder Ballad par Jelly Roll Morton en 1938 constitue sa deuxième source d’inspiration musicale. Salvant a interprété ce titre elle-même en 2017, un choix audacieux, même pour quelqu'un aimant fouiller dans les archives du jazz et des genres connexes. Avec l'interprétation de Morton, Ogresse partage l'accent mis sur le récit d'une meurtrière et l’alternance rapide entre les perspectives des personnages. Les deux œuvres mettent en scène une femme qui commet un meurtre après avoir découvert la trahison de son amant. Pourtant, il est presque impossible de ne pas éprouver de la sympathie pour chacun de ces personnages. Le côté confessionnel et brut de Murder Ballad est remplacé par l’atmosphère des contes de fées et un narrateur qui évoque « en passant » les horreurs de l'ogresse, ce qui rend l'ensemble plus conforme aux versions des auteurs de contes de fées du début des temps modernes qu'aux adaptations « aseptisées » présentées aux enfants aujourd'hui.
À première vue, ces deux références musicales (la cantate et Murder Ballad) semblent très éloignées l'une de l'autre. Ceux qui y regardent de plus près y verront un point commun important : le récit volumineux est interprété par une seule voix. Si l'on ajoute à cela l'intérêt de Salvant pour les racines théâtrales du jazz et les thèmes de l'écologie, de la discrimination et de la déshumanisation, on obtient un cycle de chansons extraordinaire et sombre, qui oscille entre les styles et les références historiques tout en étant incroyablement contemporain. La liberté et l’alternance rapide entre les genres qui caractérisent Ogresse se retrouvent également sur ses albums. Elle y adopte une approche curatoriale, combinant de nouvelles interprétations de standards de jazz plus ou moins connus avec ses propres compositions, des chansons de comédies musicales de Broadway et même une incursion occasionnelle dans la musique pop.
Les troisième et quatrième références mentionnées par Salvant portent sur la représentation des femmes noires. La première est une peinture de l'artiste Gérard Fortune représentant la déesse vaudou haïtienne Erzulie dans la nature. L'autre est la vie de Sara (ou Saartjie) Baartman, née en Afrique du Sud, et dont le corps voluptueux a été « exposé » en Europe par fétichisme. Dans la description du projet des villageois d'exposer l'ogresse (dont la peau est brun chocolat) dans une cage, le lien avec Baartman est le plus tangible. De ce dernier point de vue, la fable se lit comme une critique de l'altérisation (la création d'une distance mentale entre soi-même et une autre personne ou un groupe d'individus considérés comme fondamentalement différents) et l'exploitation du corps de la femme noire. C'est cette dimension qui transparaîtra fortement dans le film d'animation Ogresse sur lequel Salvant a travaillé en tant qu'illustratrice et réalisatrice, en collaboration avec la Belge Lia Bertels.
L'ensemble instrumental se compose de musiciens de premier plan soigneusement sélectionnés dans le monde du jazz et d'un quatuor à cordes expérimenté dans la musique classique contemporaine. Pour l'arrangement de l'œuvre et la direction musicale de l’ensemble, Mme Salvant a trouvé, en la personne de l'arrangeur et chef d'orchestre canadien Darcy James Argue, un partenaire idéal. Cécile McLorin Salvant, artiste vocale extrêmement polyvalente ayant reçu trois Grammys du meilleur album de jazz vocal avant son trentième anniversaire, s'est chargée elle-même des paroles et de la composition. Dans Ogresse, elle trouve un terrain de jeu qui lui permet de mettre en valeur non seulement ses capacités vocales techniques, mais aussi son empathie pour donner vie aux personnages : d'un narrateur qui introduit le récit comme s'il s'agissait d'un conte de fées à une jeune fille naïve qui veut explorer la forêt, en passant par un amant hypocrite qui se repent et par l'ogresse solitaire elle-même. Salvant passe avec aisance d'un personnage à l'autre dans son univers fabuleux, ce qui nous permet de sympathiser avec tous les personnages d’un récit qui déborde d'originalité.
Eva Van Daele, traduit par Judith Hoorens
Cécile McLorin Salvant
Cécile McLorin Salvant est une compositrice, chanteuse et artiste plasticienne américaine. Dans ses œuvres, elle associe des éléments théâtraux à différents genres musicaux (vaudeville, jazz, baroque, blues et musique populaire). Elle est perpétuellement en quête de morceaux oubliés, riches de récits aux tournures inattendues ou aux accents comiques. Après des études de chant classique et baroque, elle se fait connaître sur la scène jazz en remportant le concours international de jazz Thelonious Monk en 2010. Depuis, elle a sorti sept albums solo, où elle mêle un florilège original de standards du jazz à ses propres créations. Elle a remporté un Grammy avec ses trois albums successifs en 2016, 2018 et 2019.
Le concert est accompagné de nouveaux visuels créés par Lia Bertels et animés par Lora D'Addazio, Julien Regnard et Mathilde Rémy, dans le cadre de l'adaptation d'Ogresse en long métrage d'animation par Cécile McLorin Salvant & Lia Bertels (Miyu productions, Umedia et Ogresse LLC).
presenting partners
Klara, KPMG,
event partners
Belfius, BMW, Proximus, Brouwerij Omer Vander Ghinste, Interparking
public funding
Brussels Hoofdstedelijk Gewest, Nationale Bank, Nationale Loterij-meer dan spelen, Vlaamse Gemeenschap, Vlaamse Gemeenschapscommissie
cultural partners
Bozar, Flagey, Ancienne Belgique, Kaaitheater, Muntpunt
festival suppliers
Maison De La Poste, Fruit at Work, Levi Party Rental, Drukkerij Bosmans, Café Victor, Brussels Booking Desk, Ray & Jules, Maison Dandoy
media partners
VRT 1, VRT Canvas, Radio 1, Bruzz, De Standaard, Knack / Le Vif, La Libre, Musiq3, La Première, La Trois, Ring TV, visit.brussels