Lennart Heyndels
Lennart Heyndels Quartet
ven 17.03, 12:30 / Flagey, Studio 1

Lennart Heyndels Quartet

codex au soleil

ars subtilior meets jazz

interview avec bassiste, claviériste et compositeur Lennart Heyndels

Pour Codex Au Soleil, le Lennart Heyndels Quartet explore les rythmes complexes et les expérimentations musicales de l’Ars Subtilior et les remonte aujourd’hui en y mêlant couleurs jazz et improvisations. Lennart Heyndels nous raconte comment son quatuor a approché cette aventure.

 

Lennart, Codex au Soleil est clairement un travail de longue haleine.

C’est exact. Le projet a démarré en pleine pandémie. Nous avons pu faire à deux reprises une semaine de résidence à deSingel, mais à plusieurs mois d'intervalles. Habituellement, on s’immerge dans un projet pendant un laps de temps nettement plus court, mais cette parenthèse nous a permis de mûrir et d'approfondir le propos. La seconde semaine de résidence est terminée et c’est réjouissant de voir à quel point la musique a évolué par rapport à mon idée initiale. Après la première, nous enregistrerons l'album et le sortirons au printemps 2023 avant de partir en tournée.

La représentation fait donc partie de la tournée de lancement.

En effet. Nous avons hâte de partir en tournée avec le spectacle et de voir les réactions du public. Mieux vaut y aller (ou à tout le moins, en repartir) avec l’esprit ouvert.

Codex au Soleil s’inspire de la musique médiévale, plus précisément de l'ars subtilior. Avez-vous une fascination personnelle pour ce genre de musique ?

Oui, l'art dit « plus subtil » du Moyen Âge me fascine en effet. Ce style de musique, surtout française, du XIVe siècle présente une énorme complexité rythmique. Tout porte à croire que les musiciens ou les compositeurs voulaient expérimenter. À la lecture des partitions du Codex Chantilly (la principale source arrivée jusqu’à nous, NDLR), on se rend compte de toute cette complexité. Pourtant, elle n'est pas du tout intellectuelle ou savante. Il y a toujours une forme d'humour. Cette musique est assez expérimentale. C’est ce qui fait son attrait. Certaines des indications sont tellement abracadabrantes qu'elles sont quasiment impossibles à jouer, par exemple trois tempi différents joués simultanément ! Revisiter cette musique à la mode contemporaine faisait sens. Tout est possible : nous avons ajouté de l'électronique ; l'improvisation est permise. Le musicien est poussé vers des rivages inexplorés. C’est extrêmement fascinant et enrichissant !

Il ne s'agit donc pas du tout d'une interprétation historique de cette œuvre médiévale ?

En effet. La fidélité historique n’était pas dans nos intentions. Nous laissons cela aux meilleurs. Nous voulons démontrer la pertinence de cette musique et la relier à la musique d'aujourd'hui. L’ars subtilior a précédé Das Wohltemperierte Klavier (Le Clavier bien tempéré) de Bach (le terme « bien tempéré » désigne ici un « tempérament » qui sonne bien dans toutes les tonalités). Quand on y pense, on se rend compte de nos immenses lacunes. On ne sait pas exactement comment les instruments étaient accordés au XIVe siècle. Dès lors, quand on joue de la musique médiévale de nos jours, ce n’est jamais qu’une interprétation contemporaine. Pour nous, l'ars subtilior est une invitation à repousser les limites de la musique.

Vous avez invité trois autres musiciens à se joindre à vous sur ce projet audacieux.

C'est devenu un quatuor. J'ai constitué le groupe spécifiquement pour ce projet. J'ai moi-même une formation jazz et je joue de la contrebasse et du synthé modulaire. Stijn Cools est à la batterie. Je n'avais joué avec Stijn qu’à quelques reprises, principalement comme remplaçant dans d'autres orchestres, mais cela m’a suffi pour être impressionné par sa musicalité. J'avais déjà joué régulièrement avec George Dimitriu au sein du Kaja Draksler Octet et je participe aussi au projet Zero Years Kid de Joachim Badenhorst. C'est la première fois que nous convergeons au sein de cette formation.

J'ai trouvé intéressant d’explorer les possibilités de la musique ancienne dans cette configuration. C'était le propos de départ. Un saut audacieux dans l'inconnu. L’idée était de donner une instrumentation inédite à cette musique essentiellement polyphonique. Nous avons ensuite utilisé des enregistrements pour créer des samples que nous transformons et entremêlons d'autres sons électroniques et d’improvisations acoustiques. Au final, le mix tient la route et j'ai hâte de le jouer devant un public !

Est-ce ton projet à toi, Lennart, ou plutôt un projet collégial ?

Codex au Soleil est le fruit d'un effort collectif. J'ai donné l'impulsion avec des arrangements et de petites compositions mélodiques en point de départ. Pendant le processus créatif, je tenais à trouver un type d'interprétation qui permette d'improviser sur ce matériau musical. C'était une façon d’y ajouter notre personnalité et de faire de chaque concert un moment différent. C'est en improvisant qu'on obtient les meilleurs résultats.

D'où vient le nom Codex au Soleil ?

L'idée était de remettre en lumière ces anciens manuscrits, ces vieux codex. Nous voulions faire sortir cette musique assez méconnue, même des mélomanes avertis, des oubliettes de l'histoire. Nous interprétons de la musique d’il y a plusieurs centaines d'années, mais en la mariant à la musique de demain, nous reconnectons l'avenir au passé.

 

Propos recueillis par Renate Coen pour le compte du Centre culturel de Strombeek

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