[derniers tickets] Lore Binon, IKRAAAN & Amina Osmanu
counterforces
Bienvenue au Klarafestival !
Festival van Vlaanderen Brussel, Klara et nos partenaires sont heureux de vous accueillir à nouveau. « I believe audiences aren’t just listening. They are actively contributing », confiait l’artiste du festival, Barbara Hannigan, dans une interview. Un concert, c’est une interaction entre le public, les artistes et tous ceux et celles qui, sur scène ou en coulisses, participent à la magie de ces moments. Ensemble, nous faisons corps avec la musique. Become Music !
Cheffe d’orchestre et soprano, Barbara Hannigan est un grand nom de la scène internationale. Avec elle, la musique classique prend la forme d'une expérience moderne à part entière. C'est une source d’inspiration pour le Klarafestival, le plus grand festival radio du pays. Ses multiples talents et ceux de nombreux artistes belges et internationaux, qui relient le passé et le présent par des récits musicaux, vous feront indéniablement vibrer.
Le Klarafestival commencera en force avec Hannigan au pupitre du London Symphony Orchestra. Ensuite, on la verra et entendra avec des jeunes musiciens participant à son projet de mentorat Equilibrium Young Artists. Quelque 25 concerts mettront en avant des ensembles talentueux, tels que Les Talens Lyriques, le City of Birmingham Symphony Orchestra avec Mirga Gražinytė-Tyla et Vilde Frang ou le St. Louis Symphony Orchestra avec Víkingur Ólafsson. Le Klarafestival encourage aussi la création. Le ciné-concert Reich/Richter mêlera les tableaux de Gerhard Richter à la musique de Steve Reich. La surprise sera encore au rendez-vous dans la création Counterforces du compositeur Frederik Croene sur un texte de la poète Dominique de Groen ou dans la production de théâtre musical Prey du metteur en scène Kris Verdonck sur une musique composée par Annelies Van Parys.
Ces concerts et tous les autres ne pourraient avoir lieu sans la collaboration de nos partenaires culturels : Bozar, Flagey, Kaaitheater, Théâtre Varia, Muntpunt, Concertgebouw Brugge et De Singel. Nos remerciements vont aussi à nos partenaires privés KPMG, Proximus, Brasserie Omer Vander Ghinste, Belfius, Interparking et les joueurs de la Loterie nationale. Nous sommes reconnaissants du soutien de la Communauté flamande et de la Région de Bruxelles-Capitale. Et enfin, merci à Klara et à la VRT : il n’y aurait pas de festival radio sans leur précieux appui.
Joost Fonteyne
Intendant Klarafestival
Dominique De Groen, text
Frederik Croene, concept, composition and piano
Lore Binon, Amina Osmanu, IKRAAAN, vocals and performance
Karl Van Welden, artistic supervision
production B-Classic
coproduction Concertgebouw Brugge, Klarafestival and Passa Porta Festival
–
Frederik Croene (1973)
Counterforces *
PART I: Crossroads
PART II: Rituals
PART III: Exorcism
PART IV: Sunrise
* commissioned by Klarafestival and Concertgebouw Brugge
Counterforces
Dans l’œuvre littéraire de Dominique De Groen, la critique sociale n’est jamais loin. Partant de son expérience (entre autres celle de salariée dans une boutique de vêtements), elle porte un regard acéré et critique sur la façon dont le monde tourne et la perturbation des équilibres qui en résulte. Les (jeunes) femmes qui évoluent dans une société dominée par les hommes et les médias sont, notamment, souvent le sujet de ses considérations littéraires, en poésie comme en prose. Son féminisme déclaré, et même militant, va de pair avec la réflexion et l'inventivité de ses textes.
Counterforces aborde, sous trois points de vue différents, le pouvoir de la femme dans le monde, avec pour fil conducteur les mythologies anciennes de différentes cultures. Puisant à des sources très diverses, des idées universelles affleurent à la surface. La mythologie et la religion offrent en effet souvent des réponses à des questions fondamentales qui se posent partout dans le monde, mais reçoivent des réponses différentes en fonction du contexte culturel.
Dans ce spectacle original, Frederik Croene réunit trois chanteuses issues d’univers esthétiques différents : IKRAAAN manie un langage bien à elle, influencé par le rap et le R&B, mais en néerlandais ; le cœur musical d’Amina Osmanu bat au rythme du dub et de la rave, deux genres de musique populaire ; enfin, avec Lore Binon, l’univers classique occidental s’invite lui aussi dans le projet. Quant aux textes, ils ont vu le jour en étroite collaboration avec les chanteuses ; toute la palette de leur pratique artistique transparaît dans le livret trilingue. Cet éclectisme est également perceptible dans la musique. Il n’y a pas un récit unique, il n’y a pas un discours attesté unique.
Les trois personnages incarnés par les chanteuses sont trois archétypes féminins. Amina Osmanu incarne la femme primitive, fermement enracinée, ancrée dans la terre ; elle est associée aux différentes déesses de la faune et de la flore. IKRAAAN médite plutôt sur les relations humaines, sur les émotions dans un contexte social ; elle n’aspire pas à la raison (verticalement) mais aux connexions horizontales entre les hommes. Enfin, Lore Binon tourne son regard vers le haut et essaie de conserver un regard d’ensemble à l’aide d’abstractions. À l’aide de ces trois personnages, Dominique De Groen parvient à réunir dans un ensemble logique trois regards différents sur le monde.
Le texte commence sans détour par l’invocation de plusieurs déesses que l’on implore de renvoyer le démon que l’extraction de combustibles fossiles a fait sortir de terre. Dans le même temps apparaît clairement le thème qui sera abordé : une réflexion sur la façon dont le monde a changé avec l’avènement de l’industrialisation, sur les conséquences de l’appât du gain, sur le potentiel revers de la philosophie des Lumières. La production a pour fil conducteur la façon dont le patriarcat – la domination masculine – a, dans tous ces sujets, conduit à la situation actuelle. Le texte n’est ni une attaque ni une accusation, mais bien une réflexion critique sur des thèmes différents mais liés entre eux. Le démon n’incarne pas non plus l’homme en soi, mais les modes de pensée dominants qui ces derniers siècles ont dominé le modèle économique et social occidental. Le texte est organisé en quatre grandes parties : Crossroads [Carrefours], Rituals [Rituels], Exorcism [Exorcisme] et Sunrise [Aurore] – ce dernier titre laissant supposer une conclusion pleine d’espoir.
Sur le plan musical, Frederik Croene a choisi d’associer fixed media et musique live. Les trois chanteuses parlent chacune dans leur langue sur une bande sonore immuable. Frederik Croene se tient lui aussi sur scène, certes dans la position particulière de pianiste ; sa présence (masculine) favorise une dialectique intéressante avec la domination féminine. Avec Karl Van Welden, il a cherché un moyen de problématiser sa voix dans l’ensemble. La scénographie est conçue de telle sorte que le pianiste n’est pas en mesure de faire entendre sa musique à chaque instant. Sa place sur scène est une sorte de métaphore de la menace qu’un pianiste blanc hétérosexuel peut ressentir quand on ouvre à la discussion des thèmes qui, durant des siècles, ont été abordés essentiellement dans une perspective masculine. Le pianiste n’est pas réduit au silence, mais contraint à la contemplation. En effet, le féminisme ne met pas les hommes hors-jeu, mais invite à re-penser d’anciennes évidences.
Réflexion critique sur l’actualité, ce spectacle parle aussi de l’économie d’attention qui, actuellement, influence davantage nos actes que nous le supposons souvent. Avec tous les stimuli qui nous assaillent sans cesse, l’attention soutenue devient un bien rare (et furieusement convoité par les annonceurs). La musique de cette production est délibérément lente et impérieuse. Cela la rend difficile à chanter, car il y a peu de points d’appui. Dans le même temps, cet univers sonore amorphe, chancelant, offre aux musiciens une grande liberté. Cette liberté laisse aussi l’espace nécessaire à l’individualité que chacune des trois chanteuses porte en elle.
— Klaas Coulembier
Amina Osmanu
Amina Osmanu (Belgique), alias Amos, est membre du duo A/T/O/S (A Taste Of Struggle), créé avec Truenoys. En 2020, le tandem sort son troisième album intitulé Waterman. « Sa voix est chaude et profonde, son phrasé, quant à lui, est limpide : une touche de Jorja Smith combinée à la discrétion de Martina Topley-Bird. Rien d’étonnant à ce que sa performance ait propulsé le troisième album du duo anversois vers des sommets stratosphériques. », écrivait De Morgen au sujet d’Amina Osmanu.
Lore Binon
En 2008, Lore Binon (Belgique) entame son master en violon au Conservatoire royal de Bruxelles dans la classe de Yuzuko Horigome avant de se lancer dans des études de chant dans la classe de Beatrijs De Vos au Conservatoire de Bruxelles et à la Escola Superior de Musica de Catalunya de Barcelone. Par la suite, elle suit des cours avec Valérie Guillorit au Conservatoire d’Amsterdam. Au cours de la saison 2021-2022, elle a été à l’affiche de Szenen aus Goethes Faust (Scènes de Faust) de Robert Schumann à l’Opera Ballet Vlaanderen et a interprété le rôle-titre de Vigdis dans la création mondiale de The Convert de Wim Henderickx. Opéra, spectacles famille, théâtre musical et musique contemporaine : elle est à l’aise dans tous les registres. Elle collabore régulièrement avec Ictus et le Spectra Ensemble et se produit aussi avec des orchestres, dont le Belgian national Orchestra, le Brussels Philharmonic, le Freiburger Barockorchester ou l’Antwerp Symphony Orchestra. Sa passion pour la musique de chambre l’a menée sur la scène de plusieurs festivals avec Oxalys, Zefiro Torna, Il Gardellino, A Nocte Temporis, etc. Lore Binon est également cofondatrice de la Revue Blanche, un ensemble de musique de chambre instrumentale/vocale. Elle se profile volontiers en chantre de l’art délicat du lied.
Frederik Croene
Après des études au conservatoire, Frederik Croene (Belgique) met en chantier plusieurs projets où il mène une réflexion sur les identités multiples et en constante évolution du musicien classique. La virtuosité étant le propre de son instrument, il la met toujours au service de la communication. Frederik Croene interprète des œuvres du répertoire classique, les enregistre et collabore par ailleurs étroitement avec des compositeurs comme Michael Beil, Johannes Kreidler, Simon Steen-Andersen, Michael Finnisey, Cathy Van Eck en Marianthi Papalexandri-Alexandri. En 2010, il formule le concept du « Piano Démécanisé », qui fera l’objet d’un article et d’un album LP. Cette étape marque un tournant dans sa carrière de compositeur-performeur. Frederik Croene compose presque exclusivement des œuvres pour piano, clavier MIDI ou piano « démantelé ». Pour ce faire, il utilise des moyens non musicaux comme la vidéo, la prose et la chorégraphie. Il collabore constamment avec le musicien Timo van Luijk et l’artiste Karl Van Welden. Sa « redécouverte » du piano classique l’amène à composer Cul de Sac, un enregistrement d’œuvres post-classiques virtuoses, basées sur les principes simples de la musique tonale. Frederik Croene vient de sortir son nouveau disque intitulé Solastalgia, dont la première mondiale a eu lieu au Concertgebouw.
Dominique De Groen
Dominique De Groen (Belgique) est écrivaine, poète et plasticienne. En 2017, elle publie son premier recueil de poésie intitulé Shop Girl, qui sera par la suite nommé pour le Poëziedebuutprijs Aan Zee et le trophée LZWL de la VRT. Son œuvre se lit comme une critique de la mondialisation. En 2022, Dominique De Groen a reçu le prix Jan Campert pour son recueil de poésie Slangen.
Bibliographie
Shop Girl, recueil de poésie, 2017
Sticky Drama, recueil de poésie, 2019
Offerlam, recueil de poésie, 2020
Slangen, recueil de poésie, 2022
IKRAAAN
IKRAAAN (Belgique) est un OVNI musical. À l’adolescence, elle se découvre une passion pour la musique en écoutant des artistes comme Tupac. Elle transpose sa passion en alliant la musique à son amour pour la langue de Vondel. En à peine un an, la chanteuse parvient à se créer un style onirique original, qui nous propulse en un éclair dans son univers. Pour IKRAAAN, la musique est un besoin vital. Dans ses textes, elle aborde des sujets difficiles, comme les obstacles rencontrés en chemin, son parcours de vie chaotique et la douleur de la différence. En 2019, son premier EP intitulé HAPPY PILL apporte une bouffée d’air frais à un secteur musical en déliquescence. En 2020, Studio Brussels la sélectionne pour participer à la finale de De Nieuwe Lichting et elle entame une collaboration avec Jef Neve. À l’été 2019, IKRAAAN se penche sur la création de son premier album. À la même période, l’alter ego « le clown » naît de son imaginaire.
Karl Van Welden
Il y a un peu plus de 10 ans, Karl Van Welden (BE) lançait Verenigde Planeten/United Planets, un cycle d’œuvres visuelles performatives qui interrogent sur l’existence de notre planète et la présence humaine dans l’univers. Quelle est la place de l’être humain dans l’immensité du cosmos ? Avec pour point de départ les planètes de notre système solaire, Karl Van Welden cherche des réponses visuelles à cette question existentielle. Son œuvre se compose à la fois des performances MARS, PLUTO, MERCURY ou SATURN, mais aussi de vidéos, d’installations, d’interventions, de dessins, de peintures et d’œuvres tridimensionnelles comme autant de réflexions, d’études préliminaires, qui peuvent exister en tant que telles ou former un corpus. En son ou en image, l’artiste explore aussi l’éclectisme dans ses créations. Il oscille entre la poésie « pour la poésie » et les références subtiles aux thématiques sociétales ou politiques.
PART I: CROSSROADS
AMOS:
Energy of the North
Powers of Earth
hollowed out by daily, daily sacrifice
fractured, cracked, and leaking
chemicals and tar sands
eroded
into bright and scorching deserts
arid, rocky soil
dead zones where not a thing can grow
aeons of geology bleached
into a cadaverous body
LORE:
Énergie du Levant
Puissances de l’Air
le ciel traversé
par des accords commerciaux
patternes mystérieux
que personne ne peut débrouiller
tissés d’une fumée noire
qui maintient en l’air des data clouds
gaz toxique de sinistres machines
de l’Histoire
IKRAAAN:
Energie van het Westen
Machten van Water
glinsterende draad
van gedeelde tranen
gedeeld angstzweet
dat ons allemaal dwingt
zout water brandt in longen
zuurstofloze nachtmerrie
lichamen die vloeibaar worden
met geweld uit een halflevende droom geperst
***
IKRAAAN:
Ze is alleen
ze slikt alles in
koude nachten zonder sterren
het maandelijkse bloeden, bloeden, bloeden
tot ze leeg is
ze slikt alles in, de betonnen muren
giftige pixels, dode avatars
eenzame nachten in blauw licht
het centrum van de dag, bloedrood en shiny
het glinstert en je kan het aanraken
ze slikt kopieën van kopieën van dromen
littekens van een zweep
die door de eeuwen stromen
ze slikt tot ze niet meer kan, niet meer kan, niet meer kan
haar brein uiteenspat, versplintert…
AMOS:
… earth’s body fragmented
into a broken song
of haunted fossil corpses
coagulated labour of fotosynthesis
fed to cities, fires, machines
burnt to ashes and toxic dark clouds
of restless psychic energy
you hear them, see them growing
organic fluids leaking into black skies
dry bones of the earth
crumbling to fertiliser
tearing the night air to shreds…
LORE:
… d’obscurs courants glacés
de data, de codes, de capitaux
les trajectoires invisibles qu’ils tracent
à travers des corps chauds, des villes endormies
nos plus énigmatiques et plus profonds cauchemars
des traces d’une lumière blanche crue
qui scannent le monde, le rendent visible
tissant tout ensemble
avec un fil spectral
alizés et cours de la Bourse
investissements et pipelines
cousent d’occultes patterns
lient continents et codes génétiques
champs pétrolifères et émotions, émotions, émotions, émotions…
moisissures et molécules d’hydrocarbures
les fils d’un destin commun, commun, commun, commun…
***
IN KOOR:
Of all the timelines, all the paths
through history
this one is the darkest
of all possible worlds
this is the cruelest.
Is it futile?
To try at this late hour
to deviate from the path?
To extract it from the stone
in which it has been set
and make it flow again?
To awaken from this present
as if from a bad dream?
Energy of the South
Powers of Fire
that melt animals, cities, forests
glittering darkness of burning hills
fire from the deepest core
of a desert without centre
fire of oil, fire of coal
warm pulsating blood in which we forge our rage
into magic weapons
we give birth to our resistance
PART II: RITUALS
AMOS:
I call on a woman
with wings and gleaming armour
surrounded by lions
behind her shine a golden sun
a silver crescent moon
an eight-pointed star
Inanna of Mesopotamia
goddess of war and power
Inanna, we call on you (herhalen)
I call on a woman
her hair a mass of glittering snakes
Medusa, who can turn your oppressors into stone
Medusa, we call on you (herhalen)
Here comes a woman
whose shape is empty, infinite night
from her flows the water
from which all life is born
Neith of Egypt
dark weaver of cosmos and fate
Neith, we call on you (herhalen)
A woman appears
standing on a crossroads
paths meeting in the dead of night
bearing flaming torch and key
surrounded by snakes and howling dogs
Hecate of witchcraft
of healings herbs and poisonous plants
of ghosts and necromancy
Hecate, we call on you
Together we become heavy
feel our bodies sinking
through layers of earth and rock
dark chunks of compressed timespace
slimy labyrinths of deep organic dreams
we sink into a glittering coal body
fossilised subterranean body
we feel it become liquid
begin to flow
dissolve into leaves and wood
feel it flowing through our bloodstreams
ancient energy
coarsing through our veins
we become part of leaves and roots
organic fractals
we become liquid
flowing through the earth like water
coal transformed into living plants
ancient sunlight released
the earth bathing in bright light
Inanna, Medusa, Neith, Hecate
warrior queens of blood and love
earth and war
fertility and death
we call on you
to fight with us
ancient plants
trapped in coal
the dollar signs burned out of your corpses
your restless spirits
haunting us
we call on you
to fight with us
chaotic army
organic army
soft, dark, coiling army
against smooth lifeless forces
demon of the machine zone
crushing all life
we call on you
we call on you
we call on you
***
IKRAAAN:
Maar ik roep ook jullie aan
met jullie wonden
sticky bloed, pixelbloed
met klamme handen
rillend aan de randen van de dag
met longen vol katoenvezels
die zich nestelen in zacht vlees
met nachtmerries die niet uit elkaar vallen
wanneer de zon je huid aanraakt
elke aanraking een aanval
een vloek die echoot door de tijd
die plakt aan alle generaties voor jou
de naald van de geschiedenis
waaraan je je vinger hebt geprikt
We roepen jullie aan, die vergeten zijn (herhalen)
Onzichtbaar, verbleekt
onder fel neonlicht
door de mazen van het net
verstrikt in het web
van bloederige krasjes
waar je lichaam en het kapitaal
elkaar ontmoeten
een wonde die eeuwenlang
echoot door de lichamen
trauma dat zichzelf kopieert
op een lopende band naar nergens
Ik zing een balsem
een helende zalf
voor jullie wonden
jullie pijn en verdriet
rond mij in een cirkel
van huid en vacht
van armen en lippen
cirkel van tranen
waarmee we elkaars wonden helen
blauwe plekken en koud zweet
veranderen in wapens
om de structuren te vernielen
die op onze lichamen drukken.
Sluit je ogen, glijd je lichaam in
langs je slokdarm, je zachte organen
langs gladde membranen
een warm, kwetsbaar labyrint
op de bodem
zie je een schaduw
jouw schaduw
oog in oog met een duister spiegelbeeld
je eigen angst, je wreedheid
de giftanden
die uit je tandvlees groeien
je ziet de schaduw en vergeeft hem
je naait een wonde aan elkaar
lijmt een barst in je spiegelbeeld
twee helften dansen in het maanlicht
witte en zwarte slang verstrengeld
kronkelend in de zachte nachtlucht
***
LORE:
Dans le chaos des corps
se dévoilent des patternes géométriques
les vecteurs de l’Histoire
deviennent visibles
les itinéraires
de l’argent et des corps,
du pétrole et de l’or
je les suis, me fais fluide
glisse avec eux dans les pipelines
m’encode en datasets, en de complexes algorithmes
m’égoutte dans des comptes bancaires offshore
me brûle au bois de navires
qui dans la longue nuit du Passage du milieu
ont halluciné un sombre futur
et vomi sur les rivages des Amériques
sur des plantations de tabac et des champs de canne à sucre
me tisse avec le fil à coudre
sur de trépidantes machines à tisser
qui engloutissent les flots de corps
un obscur magnétisme
tournoie entre des nuages de fumée de charbon
laquelle se durcit, se fige
en des villes
se pétrit
en une révolution industrielle
m’enroule autour de la double hélice
de végétaux modifiés
formes de vie brevetées
un nouveau paysage
posée sur l’ancien
un paysage lisse et sans nom
une masse anonyme de matières premières
un univers dépouillé de secrets
des éléments détroussés de magie
rouages dans la machine…
On suit les plis du tissu de l’histoire
et le passage du temps
prend une forme matérielle
tous les niveaux, mécanismes, processus
minéraux et géologiques
numériques et biologiques
de la plus petite réaction chimique
à la géopolitique globale
s’engrènent les uns les autres
je vois les structures se cristalliser
croître comme des fractales
des tentacules qui s’étendent
au-dessus du tissu spatio-temporel…
On suit les plis du tissu de l’histoire
devant moi se dévoilent
des réseaux de chaînes causales
dans lesquels on s’englue
les chaînons mystérieux le long desquels
une fougère de l’âge carbonifère
infléchit une cotation boursière
comprendre comment le réseau s’articule
c’est de la magie
introduire de nouveaux plis dans l’univers
creuser des tunnels cachés à travers l’Histoire
trous de ver dans le temps et l’espace
réarranger les chaînes causales
qui lient l’histoire ensemble
suivre les lignes jusqu’à leurs origines
plier-les en lignes de fuite
pour sortir du présent.
PART III: EXORCISM
AMOS:
Floating weightless on cosmic currents
inhuman waves of deep time
cold geometries of space
approaching the zero
the seed
from which this poisonous hour has grown
the forces that propelled us to this point…
A demon, an evil goddess
come from outer space
in ancient depths of time
infiltrating
dominating
a demon, an evil goddess
re-wiring our nervous systems
hard-coding cruel desires of capital
into our bodies
IKRAAAN:
… en hier sta ik, oog in oog
in de dieptes
van een collectief onderbewuste
de oerbron van het trauma
waar de steen het water raakt
een krater slaat
die door generaties vaart
de kiem van het geweld
dat zich als een parasiet
in onze breinen heeft gezet
hier sta ik…
… pijn, verdriet, schaamte
stromen uit mijn poriën
maar op mijn huid worden ze hard
een glinsterend harnas
hier sta ik
op het kantelpunt van licht en darkside
het exacte moment van balans
hier sta ik, de wondes nog vers genoeg
om in mijzelf te kunnen reiken
glanzende roze dieptes
van mijn psychisch lichaam…
LORE:
… me voici
au point zéro de vecteurs
d’où partent les lignes de force
la genèse
où une noire matière diffuse
s’engrumelle
se met en mouvement
engendre de la conscience
voyage à travers Histoire et futur
croissant par vagues de façon exponentielle
me voici
face à face avec du démoniaque
ça vient de loin
se déploie sur des dimensions
que nous ne pouvons saisir
me voici...
… au point
où l’on tisse le fourbe fil
d’asphalte lisse, de centres de distribution
d’algorithmes commerciaux
en drones létaux et précis
de paniers de supermarché numériques
en champs vidés de leur sang
le fil qui nous réunit comme des perles
et nous tire jusqu’à un destin froid et inexorable
est tissé ici
où je me trouve…
AMOS:
… after I followed
organic fossil currents
here I stand
ancient swamp of giant plants
ferns as tall as houses
the air moist, intoxicating
humming with vitality
heavy with the smells
of flowers and rich mud
a vibrant explosion of life
trees rising sky-high from silent slime
from dark, bubbling, fermenting water
here I lie… (herhaling)
… floating in the warm water
Inanna’s eight-pointed star
shining bright in the muddy darkness
Medusa’s snakes dancing
in the currents
Hecate enchanting seaweeds and algae
giving them magic power
Neith infusing the water
with cosmic life force
I feel their force surge through me
as I find myself…
IKRAAAN:
… oog in oog met de demon
die zich heeft genesteld
in vergeten gangen van mijn wezen
gegraven door verre voorouders
mijn rafelige littekens worden amuletten
die hem verblinden, binden
mijn schaduwen, mijn donkerste gedachten
worden slangen
die zich rond hem wikkelen
tot hij barst
LORE:
Je coupe le fil démoniaque
le tisse en un symbole magique
refoule la puissance maligne
dans le recoin obscur du cosmos
la caverne oubliée du temps
d’où elle s’est glissée
suce le poison de l’univers
infecte les logarithmes infernaux
avec un contre-virus
AMOS:
Spread roots and veins
suck the power from the demon
and its dark alchemy
transforming life into toxic clouds
of burning coal
I coil my plant-body around it
suckers and tendrils
twigs and stems and leaves
I become a body of vegetal force
and I squeeze
I banish you
from the subterranean zones where life is born
IKRAAAN:
Ik drijf je uit
uit de dieptes van mijn lichaam
LORE:
Je t’expulse
des canaux secrets de l’Histoire
Je t’expulse
de la blessure qui a vu naître le temps
IKRAAAN:
Ik drijf je uit
druk je harde scherpe hoeken
uit mijn weefsel
AMOS:
I banish you
from seeds and cells
exorcise you from arid soils
IKRAAAN:
Om te kunnen groeien
op de grens van licht en schaduw
AMOS:
To make the soil sing with life
LORE:
Pour briser l’horizon de béton
laisser entrer
la lumière des corps célestes
IN KOOR:
We banish you
from the north and the south
from the deserts and the seas
from the west and from the east
from the mountains and the caves
from soft skin and smooth fur
from hard geometry of rocks
from blood and plastic
from time and sleep
from starlit nights at the speed of light
from lunar gleam reflected in water
and from the rays of the early morning sun
from mud and gold, from palm trees and crystals
we extract you
we suck you out like poison
we fling you far away
we cut the threads
with which you bind us
and banish you
banish you
banish you
main partners
Klara, KPMG, Nationale Loterij-meer dan spelen
festival & event partners
Belfius, Brouwerij Omer Vander Ghinste, Interparking, Proximus
public funding
BHG, Nationale Bank van België, Vlaamse Gemeenschap, Vlaamse Gemeenschapscommissie
cultural partners
AB, Bozar, Concertgebouw Brugge, DESINGEL, Flagey, Kaaitheater, Muntpunt, Passa Porta, Théatre Varia
official festival suppliers
Café Costume, Café Victor, Casada, Daniel Ost, Fruit at Work, Greenmobility, Levi Party Rental, Piano’s Maene, Ray & Jules, Thon Hotels
media partners
BRUZZ, BX1, Canvas, Clearchannel, Davidsfonds, De Standaard, Eén, La Libre, La Première, La Trois, MIVB, Musiq3, Radio 1, Ring TV, visit brussels