Livret de programme

counterforces 3 vrouwen

[derniers tickets] Lore Binon, IKRAAAN & Amina Osmanu

counterforces

24.03.2023 — 20:00
Préface

Bienvenue au Klarafestival !

 

Festival van Vlaanderen Brussel, Klara et nos partenaires sont heureux de vous accueillir à nouveau. « I believe audiences aren’t just listening. They are actively contributing », confiait l’artiste du festival, Barbara Hannigan, dans une interview. Un concert, c’est une interaction entre le public, les artistes et tous ceux et celles qui, sur scène ou en coulisses, participent à la magie de ces moments. Ensemble, nous faisons corps avec la musique. Become Music !

 

Cheffe d’orchestre et soprano, Barbara Hannigan est un grand nom de la scène internationale. Avec elle, la musique classique prend la forme d'une expérience moderne à part entière. C'est une source d’inspiration pour le Klarafestival, le plus grand festival radio du pays. Ses multiples talents et ceux de nombreux artistes belges et internationaux, qui relient le passé et le présent par des récits musicaux, vous feront indéniablement vibrer.

 

Le Klarafestival commencera en force avec Hannigan au pupitre du London Symphony Orchestra. Ensuite, on la verra et entendra avec des jeunes musiciens participant à son projet de mentorat Equilibrium Young Artists. Quelque 25 concerts mettront en avant des ensembles talentueux, tels que Les Talens Lyriques, le City of Birmingham Symphony Orchestra avec Mirga Gražinytė-Tyla et Vilde Frang ou le St. Louis Symphony Orchestra avec Víkingur Ólafsson. Le Klarafestival encourage aussi la création. Le ciné-concert Reich/Richter mêlera les tableaux de Gerhard Richter à la musique de Steve Reich. La surprise sera encore au rendez-vous dans la création Counterforces du compositeur Frederik Croene sur un texte de la poète Dominique de Groen ou dans la production de théâtre musical Prey du metteur en scène Kris Verdonck sur une musique composée par Annelies Van Parys.

 

Ces concerts et tous les autres ne pourraient avoir lieu sans la collaboration de nos partenaires culturels : Bozar, Flagey, Kaaitheater, Théâtre Varia, Muntpunt, Concertgebouw Brugge et De Singel. Nos remerciements vont aussi à nos partenaires privés KPMG, Proximus, Brasserie Omer Vander Ghinste, Belfius, Interparking et les joueurs de la Loterie nationale. Nous sommes reconnaissants du soutien de la Communauté flamande et de la Région de Bruxelles-Capitale. Et enfin, merci à Klara et à la VRT : il n’y aurait pas de festival radio sans leur précieux appui.

 

Joost Fonteyne

Intendant Klarafestival

 

Programme

Dominique De Groen, text

Frederik Croene, concept, composition and piano

Lore Binon, Amina Osmanu, IKRAAAN, vocals and performance

Karl Van Welden, artistic supervision

 

production B-Classic

coproduction Concertgebouw Brugge, Klarafestival and Passa Porta Festival

 

–

 

Frederik Croene (1973)

Counterforces *

 

PART I: Crossroads

PART II: Rituals

PART III: Exorcism

PART IV: Sunrise

 

* commissioned by Klarafestival and Concertgebouw Brugge

 

Clé d'écoute

Counterforces

Dans l’œuvre littéraire de Dominique De Groen, la critique sociale n’est jamais loin. Partant de son expérience (entre autres celle de salariée dans une boutique de vêtements), elle porte un regard acéré et critique sur la façon dont le monde tourne et la perturbation des équilibres qui en résulte. Les (jeunes) femmes qui évoluent dans une société dominée par les hommes et les médias sont, notamment, souvent le sujet de ses considérations littéraires, en poésie comme en prose. Son féminisme déclaré, et même militant, va de pair avec la réflexion et l'inventivité de ses textes.

 

Counterforces aborde, sous trois points de vue différents, le pouvoir de la femme dans le monde, avec pour fil conducteur les mythologies anciennes de différentes cultures. Puisant à des sources très diverses, des idées universelles affleurent à la surface. La mythologie et la religion offrent en effet souvent des réponses à des questions fondamentales qui se posent partout dans le monde, mais reçoivent des réponses différentes en fonction du contexte culturel.

 

Dans ce spectacle original, Frederik Croene réunit trois chanteuses issues d’univers esthétiques différents : IKRAAAN manie un langage bien à elle, influencé par le rap et le R&B, mais en néerlandais ; le cœur musical d’Amina Osmanu bat au rythme du dub et de la rave, deux genres de musique populaire ; enfin, avec Lore Binon, l’univers classique occidental s’invite lui aussi dans le projet. Quant aux textes, ils ont vu le jour en étroite collaboration avec les chanteuses ; toute la palette de leur pratique artistique transparaît dans le livret trilingue. Cet éclectisme est également perceptible dans la musique. Il n’y a pas un récit unique, il n’y a pas un discours attesté unique.

 

Les trois personnages incarnés par les chanteuses sont trois archétypes féminins. Amina Osmanu incarne la femme primitive, fermement enracinée, ancrée dans la terre ; elle est associée aux différentes déesses de la faune et de la flore. IKRAAAN médite plutôt sur les relations humaines, sur les émotions dans un contexte social ; elle n’aspire pas à la raison (verticalement) mais aux connexions horizontales entre les hommes. Enfin, Lore Binon tourne son regard vers le haut et essaie de conserver un regard d’ensemble à l’aide d’abstractions. À l’aide de ces trois personnages, Dominique De Groen parvient à réunir dans un ensemble logique trois regards différents sur le monde.

 

Le texte commence sans détour par l’invocation de plusieurs déesses que l’on implore de renvoyer le démon que l’extraction de combustibles fossiles a fait sortir de terre. Dans le même temps apparaît clairement le thème qui sera abordé : une réflexion sur la façon dont le monde a changé avec l’avènement de l’industrialisation, sur les conséquences de l’appât du gain, sur le potentiel revers de la philosophie des Lumières. La production a pour fil conducteur la façon dont le patriarcat – la domination masculine – a, dans tous ces sujets, conduit à la situation actuelle. Le texte n’est ni une attaque ni une accusation, mais bien une réflexion critique sur des thèmes différents mais liés entre eux. Le démon n’incarne pas non plus l’homme en soi, mais les modes de pensée dominants qui ces derniers siècles ont dominé le modèle économique et social occidental. Le texte est organisé en quatre grandes parties : Crossroads [Carrefours], Rituals [Rituels], Exorcism [Exorcisme] et Sunrise [Aurore] – ce dernier titre laissant supposer une conclusion pleine d’espoir.

 

Sur le plan musical, Frederik Croene a choisi d’associer fixed media et musique live. Les trois chanteuses parlent chacune dans leur langue sur une bande sonore immuable. Frederik Croene se tient lui aussi sur scène, certes dans la position particulière de pianiste ; sa présence (masculine) favorise une dialectique intéressante avec la domination féminine. Avec Karl Van Welden, il a cherché un moyen de problématiser sa voix dans l’ensemble. La scénographie est conçue de telle sorte que le pianiste n’est pas en mesure de faire entendre sa musique à chaque instant. Sa place sur scène est une sorte de métaphore de la menace qu’un pianiste blanc hétérosexuel peut ressentir quand on ouvre à la discussion des thèmes qui, durant des siècles, ont été abordés essentiellement dans une perspective masculine. Le pianiste n’est pas réduit au silence, mais contraint à la contemplation. En effet, le féminisme ne met pas les hommes hors-jeu, mais invite à re-penser d’anciennes évidences.

 

Réflexion critique sur l’actualité, ce spectacle parle aussi de l’économie d’attention qui, actuellement, influence davantage nos actes que nous le supposons souvent. Avec tous les stimuli qui nous assaillent sans cesse, l’attention soutenue devient un bien rare (et furieusement convoité par les annonceurs). La musique de cette production est délibérément lente et impérieuse. Cela la rend difficile à chanter, car il y a peu de points d’appui. Dans le même temps, cet univers sonore amorphe, chancelant, offre aux musiciens une grande liberté. Cette liberté laisse aussi l’espace nécessaire à l’individualité que chacune des trois chanteuses porte en elle.

 

— Klaas Coulembier

 

Biographies

Amina Osmanu

Amina Osmanu (Belgique), alias Amos, est membre du duo A/T/O/S (A Taste Of Struggle), créé avec Truenoys. En 2020, le tandem sort son troisième album intitulé Waterman. « Sa voix est chaude et profonde, son phrasé, quant à lui, est limpide : une touche de Jorja Smith combinée à la discrétion de Martina Topley-Bird. Rien d’étonnant à ce que sa performance ait propulsé le troisième album du duo anversois vers des sommets stratosphériques. », écrivait De Morgen au sujet d’Amina Osmanu.

 

Lore Binon

En 2008, Lore Binon (Belgique) entame son master en violon au Conservatoire royal de Bruxelles dans la classe de Yuzuko Horigome avant de se lancer dans des études de chant dans la classe de Beatrijs De Vos au Conservatoire de Bruxelles et à la Escola Superior de Musica de Catalunya de Barcelone. Par la suite, elle suit des cours avec Valérie Guillorit au Conservatoire d’Amsterdam. Au cours de la saison 2021-2022, elle a été à l’affiche de Szenen aus Goethes Faust (Scènes de Faust) de Robert Schumann à l’Opera Ballet Vlaanderen et a interprété le rôle-titre de Vigdis dans la création mondiale de The Convert de Wim Henderickx. Opéra, spectacles famille, théâtre musical et musique contemporaine : elle est à l’aise dans tous les registres. Elle collabore régulièrement avec Ictus et le Spectra Ensemble et se produit aussi avec des orchestres, dont le Belgian national Orchestra, le Brussels Philharmonic, le Freiburger Barockorchester ou l’Antwerp Symphony Orchestra.  Sa passion pour la musique de chambre l’a menée sur la scène de plusieurs festivals avec Oxalys, Zefiro Torna, Il Gardellino, A Nocte Temporis, etc. Lore Binon est également cofondatrice de la Revue Blanche, un ensemble de musique de chambre instrumentale/vocale. Elle se profile volontiers en chantre de l’art délicat du lied.

 

Frederik Croene

Après des études au conservatoire, Frederik Croene (Belgique) met en chantier plusieurs projets où il mène une réflexion sur les identités multiples et en constante évolution du musicien classique. La virtuosité étant le propre de son instrument, il la met toujours au service de la communication. Frederik Croene interprète des œuvres du répertoire classique, les enregistre et collabore par ailleurs étroitement avec des compositeurs comme Michael Beil, Johannes Kreidler, Simon Steen-Andersen, Michael Finnisey, Cathy Van Eck en Marianthi Papalexandri-Alexandri. En 2010, il formule le concept du « Piano Démécanisé », qui fera l’objet d’un article et d’un album LP. Cette étape marque un tournant dans sa carrière de compositeur-performeur. Frederik Croene compose presque exclusivement des œuvres pour piano, clavier MIDI ou piano « démantelé ». Pour ce faire, il utilise des moyens non musicaux comme la vidéo, la prose et la chorégraphie. Il collabore constamment avec le musicien Timo van Luijk et l’artiste Karl Van Welden. Sa « redécouverte » du piano classique l’amène à composer Cul de Sac, un enregistrement d’œuvres post-classiques virtuoses, basées sur les principes simples de la musique tonale. Frederik Croene vient de sortir son nouveau disque intitulé Solastalgia, dont la première mondiale a eu lieu au Concertgebouw. 

 

Dominique De Groen 

Dominique De Groen (Belgique) est écrivaine, poète et plasticienne. En 2017, elle publie son premier recueil de poésie intitulé Shop Girl, qui sera par la suite nommé pour le Poëziedebuutprijs Aan Zee et le trophée LZWL de la VRT. Son œuvre se lit comme une critique de la mondialisation. En 2022, Dominique De Groen a reçu le prix Jan Campert pour son recueil de poésie Slangen.

 

Bibliographie

Shop Girl, recueil de poésie, 2017

Sticky Drama, recueil de poésie, 2019

Offerlam, recueil de poésie, 2020

Slangen, recueil de poésie, 2022

 

IKRAAAN 

IKRAAAN (Belgique) est un OVNI musical. À l’adolescence, elle se découvre une passion pour la musique en écoutant des artistes comme Tupac. Elle transpose sa passion en alliant la musique à son amour pour la langue de Vondel. En à peine un an, la chanteuse parvient à se créer un style onirique original, qui nous propulse en un éclair dans son univers. Pour IKRAAAN, la musique est un besoin vital. Dans ses textes, elle aborde des sujets difficiles, comme les obstacles rencontrés en chemin, son parcours de vie chaotique et la douleur de la différence. En 2019, son premier EP intitulé HAPPY PILL apporte une bouffée d’air frais à un secteur musical en déliquescence. En 2020, Studio Brussels la sélectionne pour participer à la finale de De Nieuwe Lichting et elle entame une collaboration avec Jef Neve. À l’été 2019, IKRAAAN se penche sur la création de son premier album. À la même période, l’alter ego « le clown » naît de son imaginaire.

 

Karl Van Welden

Il y a un peu plus de 10 ans, Karl Van Welden (BE) lançait Verenigde Planeten/United Planets, un cycle d’œuvres visuelles performatives qui interrogent sur l’existence de notre planète et la présence humaine dans l’univers. Quelle est la place de l’être humain dans l’immensité du cosmos ? Avec pour point de départ les planètes de notre système solaire, Karl Van Welden cherche des réponses visuelles à cette question existentielle. Son œuvre se compose à la fois des performances MARS, PLUTO, MERCURY ou SATURN, mais aussi de vidéos, d’installations, d’interventions, de dessins, de peintures et d’œuvres tridimensionnelles comme autant de réflexions, d’études préliminaires, qui peuvent exister en tant que telles ou former un corpus. En son ou en image, l’artiste explore aussi l’éclectisme dans ses créations. Il oscille entre la poésie « pour la poésie » et les références subtiles aux thématiques sociétales ou politiques.

 

Paroles

PART I: CROSSROADS

 

AMOS:

Energy of the North

Powers of Earth

 

hollowed out by daily, daily sacrifice

 

fractured, cracked, and leaking

chemicals and tar sands

 

eroded

into bright and scorching deserts

 

arid, rocky soil

dead zones where not a thing can grow

 

aeons of geology bleached

into a cadaverous body

 

LORE:

Énergie du Levant

Puissances de l’Air

 

le ciel traversé

par des accords commerciaux

 

patternes mystérieux

que personne ne peut débrouiller

 

tissés d’une fumée noire

qui maintient en l’air des data clouds

 

gaz toxique de sinistres machines

de l’Histoire

 

IKRAAAN:

Energie van het Westen

Machten van Water

 

glinsterende draad

van gedeelde tranen

gedeeld angstzweet

dat ons allemaal dwingt

 

zout water brandt in longen

zuurstofloze nachtmerrie

 

lichamen die vloeibaar worden

met geweld uit een halflevende droom geperst

 

***

 

IKRAAAN:

Ze is alleen

ze slikt alles in

 

koude nachten zonder sterren

 

het maandelijkse bloeden, bloeden, bloeden

tot ze leeg is

 

ze slikt alles in, de betonnen muren

giftige pixels, dode avatars

 

eenzame nachten in blauw licht

het centrum van de dag, bloedrood en shiny

het glinstert en je kan het aanraken

 

ze slikt kopieën van kopieën van dromen

 

littekens van een zweep

die door de eeuwen stromen

 

ze slikt tot ze niet meer kan, niet meer kan, niet meer kan

haar brein uiteenspat, versplintert…

 

AMOS:

… earth’s body fragmented

into a broken song

of haunted fossil corpses

 

coagulated labour of fotosynthesis

fed to cities, fires, machines

burnt to ashes and toxic dark clouds

of restless psychic energy

 

you hear them, see them growing

 

organic fluids leaking into black skies

dry bones of the earth

crumbling to fertiliser

 

tearing the night air to shreds…

 

LORE:

… d’obscurs courants glacés

de data, de codes, de capitaux

 

les trajectoires invisibles qu’ils tracent

à travers des corps chauds, des villes endormies

nos plus énigmatiques et plus profonds cauchemars

 

des traces d’une lumière blanche crue

qui scannent le monde, le rendent visible

tissant tout ensemble

avec un fil spectral

 

alizés et cours de la Bourse

investissements et pipelines

cousent d’occultes patterns

lient continents et codes génétiques

champs pétrolifères et émotions, émotions, émotions, émotions…

moisissures et molécules d’hydrocarbures

les fils d’un destin commun, commun, commun, commun…

 

***

 

IN KOOR:

Of all the timelines, all the paths

through history

 

this one is the darkest

 

of all possible worlds

this is the cruelest.

 

Is it futile?

To try at this late hour

to deviate from the path?

 

To extract it from the stone

in which it has been set

and make it flow again?

 

To awaken from this present

as if from a bad dream?

 

Energy of the South

Powers of Fire

 

that melt animals, cities, forests

glittering darkness of burning hills

 

fire from the deepest core

of a desert without centre

 

fire of oil, fire of coal

 

warm pulsating blood in which we forge our rage

into magic weapons

 

we give birth to our resistance

 


 

PART II: RITUALS

 

AMOS:

I call on a woman

with wings and gleaming armour

surrounded by lions

 

behind her shine a golden sun

a silver crescent moon

an eight-pointed star

 

Inanna of Mesopotamia

goddess of war and power

 

Inanna, we call on you (herhalen)

 

I call on a woman

her hair a mass of glittering snakes

 

Medusa, who can turn your oppressors into stone

 

Medusa, we call on you (herhalen)

 

Here comes a woman

whose shape is empty, infinite night

 

from her flows the water

from which all life is born

 

Neith of Egypt

dark weaver of cosmos and fate

 

Neith, we call on you (herhalen)

 

A woman appears

standing on a crossroads

paths meeting in the dead of night

bearing flaming torch and key

surrounded by snakes and howling dogs

 

Hecate of witchcraft

of healings herbs and poisonous plants

of ghosts and necromancy

 

Hecate, we call on you

 

Together we become heavy

feel our bodies sinking

through layers of earth and rock

 

dark chunks of compressed timespace

slimy labyrinths of deep organic dreams

 

we sink into a glittering coal body

fossilised subterranean body

 

we feel it become liquid

begin to flow

dissolve into leaves and wood

 

feel it flowing through our bloodstreams

ancient energy

coarsing through our veins

 

we become part of leaves and roots

organic fractals

 

we become liquid

flowing through the earth like water

 

coal transformed into living plants

ancient sunlight released

 

the earth bathing in bright light

 

Inanna, Medusa, Neith, Hecate

warrior queens of blood and love

earth and war

fertility and death

 

we call on you

to fight with us

 

ancient plants

trapped in coal

 

the dollar signs burned out of your corpses

 

your restless spirits

haunting us

 

we call on you

to fight with us

 

chaotic army

organic army

soft, dark, coiling army

 

against smooth lifeless forces

demon of the machine zone

crushing all life

 

we call on you

we call on you

we call on you

 

***

 

IKRAAAN:

Maar ik roep ook jullie aan

 

met jullie wonden

sticky bloed, pixelbloed

 

met klamme handen

rillend aan de randen van de dag

 

met longen vol katoenvezels

die zich nestelen in zacht vlees

 

met nachtmerries die niet uit elkaar vallen

wanneer de zon je huid aanraakt

 

elke aanraking een aanval

een vloek die echoot door de tijd

die plakt aan alle generaties voor jou

 

de naald van de geschiedenis

waaraan je je vinger hebt geprikt

 

We roepen jullie aan, die vergeten zijn (herhalen)

 

Onzichtbaar, verbleekt

onder fel neonlicht

 

door de mazen van het net

verstrikt in het web

 

van bloederige krasjes

waar je lichaam en het kapitaal

elkaar ontmoeten

 

een wonde die eeuwenlang

echoot door de lichamen

 

trauma dat zichzelf kopieert

op een lopende band naar nergens

 

Ik zing een balsem

een helende zalf

voor jullie wonden

jullie pijn en verdriet

 

rond mij in een cirkel

 

van huid en vacht

van armen en lippen

 

cirkel van tranen

waarmee we elkaars wonden helen

 

blauwe plekken en koud zweet

veranderen in wapens

 

om de structuren te vernielen

die op onze lichamen drukken.

 

Sluit je ogen, glijd je lichaam in

 

langs je slokdarm, je zachte organen

langs gladde membranen

een warm, kwetsbaar labyrint

 

op de bodem

zie je een schaduw

jouw schaduw

 

oog in oog met een duister spiegelbeeld

 

je eigen angst, je wreedheid

 

de giftanden

die uit je tandvlees groeien

 

je ziet de schaduw en vergeeft hem

 

je naait een wonde aan elkaar

lijmt een barst in je spiegelbeeld

 

twee helften dansen in het maanlicht

witte en zwarte slang verstrengeld

kronkelend in de zachte nachtlucht

 

***

 

LORE:

Dans le chaos des corps

se dévoilent des patternes géométriques

 

les vecteurs de l’Histoire

deviennent visibles

 

les itinéraires

de l’argent et des corps,

du pétrole et de l’or

 

je les suis, me fais fluide

glisse avec eux dans les pipelines

 

m’encode en datasets, en de complexes algorithmes

m’égoutte dans des comptes bancaires offshore

 

me brûle au bois de navires

qui dans la longue nuit du Passage du milieu

ont halluciné un sombre futur

et vomi sur les rivages des Amériques

sur des plantations de tabac et des champs de canne à sucre

 

me tisse avec le fil à coudre

sur de trépidantes machines à tisser 

qui engloutissent les flots de corps

un obscur magnétisme

 

tournoie entre des nuages de fumée de charbon

laquelle se durcit, se fige

en des villes

 

se pétrit

en une révolution industrielle

 

m’enroule autour de la double hélice

de végétaux modifiés

formes de vie brevetées

 

un nouveau paysage

posée sur l’ancien

un paysage lisse et sans nom

une masse anonyme de matières premières

 

un univers dépouillé de secrets

 

des éléments détroussés de magie

rouages dans la machine…

 

On suit les plis du tissu de l’histoire

 

et le passage du temps

prend une forme matérielle

 

tous les niveaux, mécanismes, processus

minéraux et géologiques

numériques et biologiques

de la plus petite réaction chimique

à la géopolitique globale

s’engrènent les uns les autres

 

je vois les structures se cristalliser

 

croître comme des fractales

des tentacules qui s’étendent

au-dessus du tissu spatio-temporel…

 

On suit les plis du tissu de l’histoire

 

devant moi se dévoilent

des réseaux de chaînes causales

dans lesquels on s’englue

 

les chaînons mystérieux le long desquels

une fougère de l’âge carbonifère

infléchit une cotation boursière

 

comprendre comment le réseau s’articule

c’est de la magie

 

introduire de nouveaux plis dans l’univers

creuser des tunnels cachés à travers l’Histoire

trous de ver dans le temps et l’espace

 

réarranger les chaînes causales

qui lient l’histoire ensemble

 

suivre les lignes jusqu’à leurs origines

plier-les en lignes de fuite

 

pour sortir du présent.

 


 

PART III: EXORCISM

 

AMOS:

Floating weightless on cosmic currents

inhuman waves of deep time

cold geometries of space

 

approaching the zero

the seed

from which this poisonous hour has grown

the forces that propelled us to this point…

 

A demon, an evil goddess

 

come from outer space

in ancient depths of time

 

infiltrating

dominating

 

a demon, an evil goddess

 

re-wiring our nervous systems

 

hard-coding cruel desires of capital

into our bodies

 

IKRAAAN:

… en hier sta ik, oog in oog
in de dieptes

van een collectief onderbewuste

 

de oerbron van het trauma

waar de steen het water raakt

een krater slaat

die door generaties vaart

 

de kiem van het geweld

dat zich als een parasiet

in onze breinen heeft gezet

 

hier sta ik…

 

… pijn, verdriet, schaamte

stromen uit mijn poriën

maar op mijn huid worden ze hard

een glinsterend harnas

 

hier sta ik

op het kantelpunt van licht en darkside

het exacte moment van balans

 

hier sta ik, de wondes nog vers genoeg

om in mijzelf te kunnen reiken

 

glanzende roze dieptes

van mijn psychisch lichaam…

 

LORE:

… me voici

au point zéro de vecteurs

d’où partent les lignes de force

 

la genèse

où une noire matière diffuse

s’engrumelle

se met en mouvement

engendre de la conscience

 

voyage à travers Histoire et futur

croissant par vagues de façon exponentielle

 

me voici

face à face avec du démoniaque

 

ça vient de loin

se déploie sur des dimensions

que nous ne pouvons saisir

 

me voici...

 

… au point

où l’on tisse le fourbe fil

d’asphalte lisse, de centres de distribution

 

d’algorithmes commerciaux

en drones létaux et précis

de paniers de supermarché numériques

en champs vidés de leur sang

 

le fil qui nous réunit comme des perles

et nous tire jusqu’à un destin froid et inexorable

est tissé ici

où je me trouve…

 

AMOS:

… after I followed

organic fossil currents

 

here I stand

ancient swamp of giant plants

ferns as tall as houses

 

the air moist, intoxicating

humming with vitality

heavy with the smells

of flowers and rich mud

 

a vibrant explosion of life

trees rising sky-high from silent slime

from dark, bubbling, fermenting water

 

here I lie… (herhaling)

 

… floating in the warm water

 

Inanna’s eight-pointed star

shining bright in the muddy darkness

 

Medusa’s snakes dancing

in the currents

 

Hecate enchanting seaweeds and algae

giving them magic power

 

Neith infusing the water

with cosmic life force

 

I feel their force surge through me

as I find myself…

 

IKRAAAN:

… oog in oog met de demon

die zich heeft genesteld

in vergeten gangen van mijn wezen

gegraven door verre voorouders

 

mijn rafelige littekens worden amuletten

die hem verblinden, binden

 

mijn schaduwen, mijn donkerste gedachten

worden slangen

die zich rond hem wikkelen

tot hij barst

 

LORE:

Je coupe le fil démoniaque

le tisse en un symbole magique

 

refoule la puissance maligne

dans le recoin obscur du cosmos

la caverne oubliée du temps

d’où elle s’est glissée

 

suce le poison de l’univers

infecte les logarithmes infernaux

avec un contre-virus

 

AMOS:

Spread roots and veins

suck the power from the demon

and its dark alchemy

transforming life into toxic clouds

of burning coal

 

I coil my plant-body around it

 

suckers and tendrils

twigs and stems and leaves

 

I become a body of vegetal force

 

and I squeeze

 

I banish you

from the subterranean zones where life is born

 

IKRAAAN:

Ik drijf je uit

uit de dieptes van mijn lichaam

 

LORE:

Je t’expulse

des canaux secrets de l’Histoire

 

Je t’expulse

de la blessure qui a vu naître le temps

 

IKRAAAN:

Ik drijf je uit

druk je harde scherpe hoeken

uit mijn weefsel

 

AMOS:

I banish you

from seeds and cells

exorcise you from arid soils

 

IKRAAAN:

Om te kunnen groeien

op de grens van licht en schaduw

 

AMOS:

To make the soil sing with life

 

LORE:

Pour briser l’horizon de béton

laisser entrer

la lumière des corps célestes

 

IN KOOR:

We banish you

 

from the north and the south

from the deserts and the seas

from the west and from the east

from the mountains and the caves

 

from soft skin and smooth fur

from hard geometry of rocks

from blood and plastic

from time and sleep

from starlit nights at the speed of light

from lunar gleam reflected in water

and from the rays of the early morning sun

from mud and gold, from palm trees and crystals

 

we extract you

we suck you out like poison

we fling you far away

 

we cut the threads

with which you bind us

 

and banish you

banish you

banish you

Partenaires

main partners

Klara, KPMG,  Nationale Loterij-meer dan spelen

 

festival & event partners

Belfius, Brouwerij Omer Vander Ghinste, Interparking, Proximus

 

public funding

BHG, Nationale Bank van België, Vlaamse Gemeenschap, Vlaamse Gemeenschapscommissie

 

cultural partners

AB, Bozar, Concertgebouw Brugge, DESINGEL, Flagey, Kaaitheater, Muntpunt, Passa Porta, Théatre Varia

 

official festival suppliers 

Café Costume, Café Victor, Casada, Daniel Ost, Fruit at Work, Greenmobility, Levi Party Rental, Piano’s Maene, Ray & Jules, Thon Hotels

 

media partners 

BRUZZ, BX1, Canvas, Clearchannel, Davidsfonds, De Standaard, Eén, La Libre, La Première, La Trois, MIVB, Musiq3, Radio 1,  Ring TV,  visit brussels