Livret de programme

matthias

EVGENY KISSIN & MATTHIAS GOERNE

Schumann & Brahms

10.03.2024 — 19:00
Bozar, Salle Henry Le Boeuf
Préface

Bienvenue à la dix-neuvième édition du Klarafestival! Le thème Crossroads – Come Together illustre à merveille la rencontre entre le public, les artistes et leurs concerts inspirants. Un lieu de convergence où le gratin de la musique classique internationale engage le dialogue avec des créations fortes et des talents émergents.

 

L’inspiratrice de cette édition n’est autre que l’artiste Claron McFadden. « Je me trouve à un carrefour où les styles et les générations se croisent, se rencontrent et se heurtent », confie-t-elle. C’est ce constat qui a tissé la trame du programme.  Le Klarafestival est comme refuge où règnent l’espoir, le concert des voix et la beauté sous toutes ses formes. Un lieu où le familier prend un nouveau sens et où les nouvelles expériences nous submergent. 

 

Jan Raes, président

Joost Fonteyne, intendant

Chantal Pattyn, manager Klara

Programme

Evgeny Kissin – piano 

Matthias Goerne – baritone 

 

Coproduction: Klarafestival, Bozar

Copresentation: De Munt / La Monnaie
 

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Robert Schumann (1810-1856)

‘Abends am Strand’ from Romanzen und Balladen, I, Op. 45, No. 3

‘Es leuchtet meine Liebe’, from Fünf Lieder und Gesänge, Op. 127, No. 3

‘Mein Wagen rollet langsam’, from Vier Gesänge, Op. 142, No. 4

 

Dichterliebe, Op. 48: 

  • ‘Im wunderschönen Monat Mai’ 

  • ‘Aus meinen Tränen sprießen’

  • ‘Die Rose, die Lilie, die Taube, die Sonne’ 

  • ‘Wenn ich in deine Augen seh'’

  • ‘Ich will meine Seele tauchen’

  • ‘Im Rhein, im heiligen Strome’

  • ‘Ich grolle nicht’

  • ‘Und wüssten's die Blumen’

  • ‘Das ist ein Flöten und Geigen’

  • ‘Hör’ ich das Liedchen klingen’

  • ‘Ein Jüngling liebt ein Mädchen’

  • ‘Am leuchtenden Sommermorgen’

  • ‘Ich hab' im Traum geweinet’

  • ‘Allnächtlich im Traume seh’ ich dich’

  • ‘Aus alten Märchen winkt es’

  • ‘Die alten, bösen Lieder’

 

Johannes Brahms (1833-1897)

Songs after poems by Heinrich Heine: 

  • ‘Sommerabend’, Op. 85, No. 1

  • ‘Mondenschein’, Op. 85, No. 2

  • ‘Der Tod, das ist die kühle Nacht’, Op. 96, No. 1

  • ‘Meerfahrt’, Op. 96, No. 4

 

Lieder und Gesänge, Op. 32

  • ‘Wie rafft ich mich auf in der Nacht’ 

  • ‘Nicht mehr zu dir zu gehen’

  • ‘Ich schleich umher’

  • ‘Der Strom, der neben mir verrauschte’

  • ‘Wehe, so willst du mich wieder’

  • ‘Du sprichst, dass ich mich täuschte’

  • ‘Bitteres zu sagen denkst du’

  • ‘So stehn wir, ich und meine Weide’

  • ‘Wie bist du, meine Königin’

Clé d'écoute

 

Nehmt mit meine Tränen und Seufzer,

Ihr Lieder wehmütig und trüb!

 

 

Pour le compositeur du XIXe siècle, le Lied allemand était un exutoire idéal pour transformer les sentiments humains les plus paradoxaux en langage artistique par le biais de la poésie et du son. « Emmenez mes larmes et mes soupirs, ô Lieder mélancoliques et lugubres » : pour des dizaines de compositeurs du monde germanophone, les mots du poème de Heine Es schauen die Blumen semblaient taillés sur mesure. Dans leur soirée consacrée aux Lieder, Matthias Goerne et Evgeny Kissin réunissent deux des plus grands compositeurs de Lieder du romantisme allemand : Robert Schumann et Johannes Brahms. Les Lieder de leur programme sont principalement des adaptations de poèmes de Heinrich Heine, August von Platen et Georg Friedrich Daumer.

 

Robert Schumann

 

Robert Schumann considérait le Lied comme « une empreinte réelle de mon moi ». Il lui fallut cependant un certain temps avant de s'adonner à ce genre. À l'exception de quelques lieder des années 1827-28, Schumann se concentra principalement sur la musique pour clavier au cours de la première décennie de sa carrière de compositeur. En 1839 encore, il écrivait à son ami Hermann Hirschbach qu'il considérait la musique vocale comme inférieure à la musique instrumentale. En 1840, Schumann signa pourtant plus d'une centaine de Lieder. Comment expliquer un tel revirement ? L'avancée de la situation amoureuse avec Clara joue sans aucun doute un rôle prépondérant. Depuis 1837, Robert était fiancé à Clara Wieck, la fille de son professeur de piano Friedrich Wieck. Cependant, cette relation était mal vue par Friedrich, qui estimait que sa fille talentueuse méritait un meilleur partenaire. En 1840, Robert et Clara purent enfin se marier, après avoir gagné un procès contre Friedrich.

 

Dans la biographie de Schumann, l'année 1840 est considérée comme l'année des Lieder. Dans une lettre à Clara, Schumann écrivit à propos de la composition de Lieder qu'il ressentait une « félicité longtemps manquée ». Dans de nombreux cas, il n'eut besoin que de quelques jours pour composer des mélodies magistrales. Certains cycles de chansons de 1840 comptent tout simplement parmi les plus importants du genre : Liederkreis Op. 39, Frauenliebe und -leben Op. 42, ainsi que Dichterliebe Op. 48. Ce dernier cycle, basé sur des poèmes de Heinrich Heine, vit le jour entre le 24 mai et le 1er juin. Initialement, il comptait 20 lieder, mais après mûre réflexion, Schumann décida d'en supprimer quatre.

 

Schumann sélectionna les poèmes dans le Lyrisches Intermezzo de Heine, deuxième volume de Buch der Lieder (1827). Ce recueil de poèmes contient pas moins de 237 poèmes décrivant l'amour dans toute sa complexité. « Parce que l'amour occupe dans le Buch der Lieder une fonction quasi religieuse, parce qu'il est à lui seul un point d'ancrage dans les ténèbres de l'existence, le poète consacre d'abord sa bien-aimée comme une sainte, mais la frappe ensuite avec un fouet de mots lorsqu'elle ne répond pas à l'idéal qu'il a en tête. C'est précisément cette progression que l'on retrouve dans le cycle de chansons Dichterliebe », écrit la musicologue Susan Youens. En effet, alors que les premières mélodies de Dichterliebe baignent encore dans la béatitude, le désespoir s'accroît, conduisant à la colère, à la désillusion et à l'amertume.

 

Schumann exprime l'évolution des émotions à travers la succession des tonalités du cycle de Lieder. Alors que ceux de la première partie sont principalement écrits dans des tonalités majeures, nous entendons davantage de tonalités mineures dans la seconde partie. Dans Dichterliebe, la voix et le piano sont parfaitement assortis. Le piano ne se contente pas d'accompagner la partie vocale mais fait avancer l'histoire, commente les émotions et les enrichit même à travers ses nombreuses réponses. La fusion de la voix et du piano symbolise sans aucun doute l'unité du mariage.

 

Lors de ce récital, Matthias Goerne interprétera deux Lieder que Schumann supprima du Dichterliebe original, mais qu'il inclut ensuite dans d'autres recueils : ‘Mein Wagen rollet langsam’ parut en 1852 dans le volume 4 Gesänge Op. 142, et ‘Es leuchtet meine Liebe’ fut publié en 1854 dans le volume 5 Lieder und Gesänge Op. 127.

 

Johannes Brahms

 

En 1853, Robert et Clara Schumann rencontrèrent le jeune Johannes Brahms et furent immédiatement impressionnés par le talent du compositeur. Grâce à un article élogieux intitulé ‘Neue Bahnen’ que Robert écrivit dans le magazine Neue Zeitschrift für Musik, la carrière de Brahms fut lancée. Après la mort de Robert en 1856, Clara et Brahms continuèrent d’entretenir des liens amicaux et artistiques étroits.

 

Si aujourd'hui Brahms est surtout associé aux œuvres orchestrales et à la musique de chambre, on lui doit également une riche œuvre de Lieder. Sur une période de 43 ans, il publia 190 Lieder pour voix solo. Le grand nombre de Lieder dont il détruisit les manuscrits et rejeta la publication montre que Brahms, autocritique, prenait le genre au sérieux. Brahms choisissait des poèmes de grands maîtres allemands, mais aussi d'auteurs moins connus, ce qui lui valut souvent des critiques. Néanmoins, ces poèmes dits de second ordre donnèrent naissance à des Lieder magistraux, comme les 9 Lieder und Gesänge Op. 32 de 1864. Dans ce recueil, il réunit des poèmes de deux auteurs, August von Platen et Georg Friedrich Daumer. Le fait que les noms des auteurs apparaissent clairement sur la couverture de la première édition témoigne de l'estime que Brahms portait à la poésie. Le contenu du recueil est très proche de celui des Dichterliebe de Schumann. Brahms met en lumière les différents aspects de l'amour : l'espoir, le doute, le désespoir dû à un amour non partagé. Même s'il n'a pas esquissé d'intrigue claire, une approche moins évidente étant donné la combinaison d’œuvres de deux poètes, on y décèle une évolution sous-jacente.

 

Gustav Jenner, le seul élève de Brahms, consigna dans ses souvenirs la manière dont son professeur traduisait en musique le message d'un poème. La structure du poème se reflétait dans celle du Lied. Brahms déclamait le poème à haute voix afin de pouvoir modeler au mieux le rythme du texte dans la mélodie. Fait remarquable, Brahms insère également de nombreuses pauses dans la progression mélodique. Dans ‘Nicht mehr zu dir gehen’, Brahms interrompt la ligne musicale pour refléter le désespoir du protagoniste. Jenner note également que Brahms utilisait l'harmonie comme moyen d'expression. Brahms pouvait ainsi délibérément éviter de confirmer la tonalité ou écrire des progressions harmoniques frappantes, comme dans ‘Meerfahrt’ Op. 96 n° 4.

 

Dans les livres Sechs Lieder Op. 85 (1882) et Vier Lieder Op. 96 (1886), Brahms réunit de nouveau divers poètes, tels que Heine, Daumer, Siegfried Kapper, Emanuel Geibel et Carl von Lemcke. Goerne et Kissin en ont sélectionné les poèmes de Heine. Les descriptions de la nature comme reflet de l'âme humaine sont typiques du romantisme.

 

Frederic Delmotte, traduit par Judith Hoorens 

Biographies

Evgeny Kissin

Avant même ses 18 ans, le pianiste russe Evgeny Kissin était déjà connu sur la scène internationale et avait déjà donné une foule de concerts en Europe. Aujourd’hui, il est mondialement célèbre pour ses interprétations lyriques et poétiques du répertoire pour piano classico-romantique, autant en soliste qu’avec orchestre. En soliste, il s’est produit avec la quasi-totalité des grands orchestres et chefs d’orchestre, dont Claudio Abbado, Daniel Barenboim, Zubin Mehta et Sir Simon Rattle. Evgeny Kissin s’est vu décerner de nombreuses distinctions prestigieuses pour son talent musical. Il a notamment reçu l’insigne de docteur honoris causa par différentes universités et conservatoires ainsi que plusieurs Grammy Awards pour ses enregistrements.

 

Matthias Goerne

Matthias Goerne est un baryton allemand. C’est l’un des plus grands interprètes actuels du répertoire du lied. Il est fréquemment accompagné de pianistes renommés, dont Alfred Brendel, Vladimir Ashkenazy ou Daniil Trifonov. Chanteur d’opéra, il s’est produit notamment au Metropolitan Opera, à l’Opéra National de Paris et au Staatsoper de Vienne, dans des œuvres de Wagner, Berg, Strauss et Bartók.  Pour Harmonia Mundi, Matthias Goerne a notamment enregistré un recueil de lieder de Schubert. Plus récemment, il a publié aussi des œuvres de Wagner, Mahler et Brahms. Ses enregistrements ont reçu des prix prestigieux, dont le prix Gramophone, un Diapason d’Or de l’Année et cinq nominations aux Grammy Awards.

Partenaires

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