Livret de programme

peter

Peter Broderick & Ensemble 0

Give It to the Sky: Arthur Russell’s Tower of Meaning Expanded

20.03.2024 — 20:00
Ancienne Belgique
Préface

Bienvenue à la dix-neuvième édition du Klarafestival! Le thème Crossroads – Come Together illustre à merveille la rencontre entre le public, les artistes et leurs concerts inspirants. Un lieu de convergence où le gratin de la musique classique internationale engage le dialogue avec des créations fortes et des talents émergents.

 

L’inspiratrice de cette édition n’est autre que l’artiste Claron McFadden. « Je me trouve à un carrefour où les styles et les générations se croisent, se rencontrent et se heurtent », confie-t-elle. C’est ce constat qui a tissé la trame du programme.  Le Klarafestival est comme refuge où règnent l’espoir, le concert des voix et la beauté sous toutes ses formes. Un lieu où le familier prend un nouveau sens et où les nouvelles expériences nous submergent. 

 

Jan Raes, président

Joost Fonteyne, intendant

Chantal Pattyn, manager Klara

Programme

Ensemble 0

Sylvain Chauveau – harmonium, ebow guitar, bells, radio static

Marie Collemare – French horn

Vianney Desplantes – euphonium

Jozef Dumoulin – piano, synthesizer

Mayu Sato – flute

Stéphane Garin – vibraphone, glockenspiel, percussion

Amélie Grould – vibraphone

Barbara Hünninger – viola da gamba

Tomoko Katsura –violin

Fanny Meteier – tuba

Julien Pontvianne – tenor saxophone

 

Peter Broderick – voice, violin, acoustic guitar, cassette player

Caty Olive – set design 

Lucas Pizzini – sound 

Alexandre Maillet – stage management

 

Coproduction: Klarafestival, Ancienne Belgique

 

–

 

Charles Arthur Russell Jr. (1951-1992), arr. Julien Pontvianne

Give it to the Sky: Arthur Russell’s Tower of Meaning Expanded  

Clé d'écoute

Aussi merveilleuse et belle soit-elle, la production musicale d’Arthur Russell incarne l’ironie, la tragédie et le paradoxe. Regardons son héritage : il a enregistré plus de mille heures sur cassettes et laissé des archives par ailleurs considérables, à présent intégrées aux collections de la New York Public Library. Mais Russell n’a sorti que trois albums sous son nom avant sa mort en 1994 ; parmi eux, Tower of Meaning, une partition commandée pour accompagner une production de Medea signée Robert Wilson, puis abandonnée. Philip Glass a contribué à en préserver la musique, dont il a proposé un enregistrement sur son propre label, tiré à seulement 320 exemplaires.

 

Depuis plusieurs années obsédé par le travail de Russell, le chanteur, producteur et compositeur Peter Broderick a payé 500 dollars l’un de ces disques – la somme la plus élevée qu’il ait jamais dépensée pour un album. (Un album remasterisé, ressorti en 2006, et réédité depuis à plusieurs reprises.) Il ne ressentit cependant pas avec cet objet collector la même connexion qu’avec tant d’autres œuvres de Russell. Il lui paraissait un brin froid et distant ; l’habituel enchevêtrement d’intimité et de mystère propre à Russell s’était peut-être dissous dans les frustrations rencontrées au cours du processus ou dans l’enregistrement lui-même. Quoiqu’il en soit, Broderick comprend à présent parfaitement tout ce qu’a représenté cette pièce de somptueux et radical durant 40 ans. Il en a fait l’élément central de son propre Give It to the Sky: Arthur Russell’s Tower of Meaning Expanded, une reconstitution de 80 minutes qui enchaîne plusieurs chansons perdues, méticuleusement et sublimement interprétée par l’ensemble de musique contemporaine français Ensemble 0. Le merveilleux et la beauté de Tower of Meaning ne font plus aucun doute.

 

Stéphane Garin, le fondateur d’Ensemble 0, a senti qu’il lui fallait poursuivre ce projet juste après avoir joué seulement un fragment de la pièce – à vrai dire, ce fut dans le train, en rentrant chez lui d’un concert, qu’il proposa son idée. En 2019, l’ensemble en a donné un fragment de 25 minutes en préambule à Femenine, l’œuvre minimaliste maîtresse de Julius Eastman. (Longtemps un collaborateur de Russell, Eastman a dirigé l’enregistrement original de Tower of Meaning.) Garin a alors été frappé par la splendeur et la subtile difficulté de l’œuvre, par la façon dont Russell esquive la dissonance au profit de la complexité métrique. Il existait alors peu de choses de ce genre.

 

Cette épiphanie de Garin a marqué le début d’une longue quête, mêlant durant quatre ans recherche, transcription, consultation, répétition, enregistrement et édition inventive, au cours de laquelle fut même interrogé Gavin Bryars – dont la partition a remplacé celle de Russell dans la production de Wilson. « Je n’ai jamais voulu porter préjudice à votre spectacle. Je luttais avec mon incapacité à aller plus vite », écrivit un jour Russell à Wilson dans une lettre qu’il ne lui envoya jamais. « J’ai toujours pensé que vous finiriez par être satisfait, mais maintenant, je suis désolé que vous soyez fâché. » Ensemble 0 a voulu donner à l’une des compositions les plus incomprises de Russell une autre occasion d’être entendue.

 

Très tôt dans ce processus, les musiciens de l’Ensemble 0 ont pris deux décisions majeures : tout d’abord celle de ne pas explorer les partitions ésotériques originales de Russell, déjà utilisées pour mettre en scène Tower of Meaning ailleurs. Ils appréciaient l’impression d’inachevé de l’enregistrement, qui leur permettait d’imaginer ce qui manquait et les modifications que l’infatigable Russell aurait pu y apporter au fil du temps. Julien Pontvianne, le saxophoniste d’Ensemble 0, a travaillé dur à cette tâche, analysant les enregistrements que Russell avait ralentis avec un magnétophone afin de trouver les mélodies et les arrangements adéquats.

 

Ensuite, l’Ensemble 0 a décidé de porter son attention au-delà de Tower of Meaning, afin de déterminer comment cette pièce s’articule avec d’autres fragments de l’immense corpus musical de Russell, en particulier ses chansons. Ils connaissaient non seulement les expérimentations de Broderick interprétant des chansons de Russell sur scène et ses albums de la décennie, ainsi que son travail mené en collaboration avec le fonds Russell en vue de restaurer les pistes précédemment non éditées et produire le vertigineux album Iowa Dream. Broderick n’a pas hésité quand l’Ensemble 0 lui a demandé de rejoindre le projet, tout en offrant une surprise : plutôt que d’entrelacer Tower of Meaning avec des standards attendus de Russell, pourquoi ne pas intégrer certaines des chansons qu’il affectionnait et qui n’avaient jamais trouvé place nulle part ? Le fonds Russell a accepté.

 

Give it to the Sky est souple et dioramique. Les transcriptions de Pontvianne ajoutent dynamique et nuance à l’enregistrement original, ainsi qu’une nouvelle profondeur. L’Ensemble 0 en rend savamment les différentes couches, et plonge ce rare enregistrement assez sombre de Glass dans une clarté qui permet d’entrer dans sa musique hypnotique. De nouvelles idées se dessinent, suggérant que Tower of Meaning est un tremplin vers quelque chose de plus grand.

 

L’Ensemble 0 se faufile entre les ajouts de Broderick. Corky, une poignante ballade de cowboy laissée inachevée par Russell, apparaît, disparaît, et réapparaît trois fois, les ronronnements de Tower of Meaning accentuant la sensation de douceur et de tristesse. Placée juste après le milieu triomphant, la chanson-titre est une sublime méditation sur l’existence, sur le regard que l’on porte sur une simple scène rurale, et l’émerveillement face au miracle d’être nulle part. C’est un résumé pertinent de l’ensemble du projet – une magnifique façon d’entendre quelque chose qui pourrait sembler familier pour la première fois.

 

Bien évidemment, Russell n’a jamais été très enclin à proposer des versions définitives. Il repensait constamment les possibilités d’une pièce, à se demander quel autre impact elle pourrait avoir. Give it to the Sky est une puissante affirmation de ces principes, utilisant l’ossature de Tower of Meaning pour bâtir plus loin et plus haut, pour donner forme à quelque chose qui fonctionne au sein du merveilleux monde paradoxal de Russell. Et Give it to the Sky n’est pas non plus conçu comme un dernier mot définitif. Broderick et Ensemble 0 parlent déjà des changements qui pourraient survenir sur scène, d’un autre endroit où il pourrait mener.

 

Mais plus largement, Give it to the Sky est une brillante invitation à approcher autrement l’œuvre originale, à l’ouvrir à de nouveaux auditeurs qui trouveront peut-être une autre façon d’avancer avec elle. Ce n’est pas de cette façon que Russell aurait poursuivi Tower of Meaning. Mais on peut du moins entendre dans cette nouvelle interprétation innovante la majesté de ce qu’il a écrit, dans toute sa splendeur, joué et enregistré avec un soin extrême. Give it to the Sky est un hommage au passé de Russell qui restitue son joyau méprisé et négligé au présent et au futur – là où il a sa place.

Biographies

Ensemble 0

Fondé en 2004, l’Ensemble 0 français se consacre à la musique contemporaine, y compris celle de ses membres. Dirigé par le compositeur Sylvain Chauveau et le percussionniste-compositeur Stéphane Garin, l’ensemble est constitué d’un vaste groupe de musiciens qui sont sollicités pour des projets spécifiques en fonction des besoins. L’Ensemble 0 interprète notamment des compositions de Moondog, Julius Eastman et György Ligeti, ainsi que des œuvres de compositeurs contemporains tels que Tristan Perich, Michael Pisaro et Rachel Grimes. L’ensemble a publié plusieurs albums comprenant des œuvres de compositeurs contemporains et de ses membres, dont un album composé de cinq versions du 4’33" de John Cage.

 

Peter Broderick 

Peter Broderick est un compositeur et multi-instrumentiste américain qui se produit dans le monde entier avec divers ensembles, dont le célèbre groupe danois Efterklang, avec lequel il collabore depuis 5 ans. Il a créé des compositions allant du classique contemporain au folk pour différents types de projets, y compris le cinéma et la danse contemporaine. Ses nombreux enregistrements ont été publiés sur des labels prestigieux tels que Erased Tapes et Bella Union. Il vit actuellement dans l’ouest de l’Irlande.

Partenaires

presenting partners
Klara, KPMG

event partners
Belfius, BMW, Proximus, Brouwerij Omer Vander Ghinste, Interparking

public funding
Brussels Hoofdstedelijk Gewest, Nationale Bank, Nationale Loterij-meer dan spelen, Vlaamse Gemeenschap, Vlaamse Gemeenschapscommissie

cultural partners
Bozar, Flagey, Ancienne Belgique, Kaaitheater, Muntpunt

festival suppliers
Maison De La Poste, Fruit at Work, Levi Party Rental, Drukkerij Bosmans, Café Victor, Brussels Booking Desk, Ray & Jules, Maison Dandoy

media partners
VRT 1, VRT Canvas, Radio 1, Bruzz, De Standaard, Knack / Le Vif, La Libre, Musiq3, La Première, La Trois, Ring TV, visit.brussels

 

Omer reclamebanner