Livret de programme

Photo Nelson Goerner  © Marco Borggreve

Nelson Goerner

Images

23.03.2025 — 19:00
Flagey, Studio 4
Préface

Bienvenue au 20e Klarafestival!

 

Intitulée We Are Now, cette édition spéciale anniversaire rend hommage à l’instant présent, ici et maintenant. Et personne n'entre dans la magie de l'instant avec autant d’aplomb que la violoniste et compositrice moldave Patricia Kopatchinskaja, notre artiste du festival. Tout s’embrase au contact de celle qui voit chaque concert comme un nouveau départ, un moment d’abondance où tout peut encore arriver. En 2025, le Klarafestival dresse un portrait pluriel de Patricia Kopatchinskaja en tant que violoniste, compositrice et inspiratrice. 

 

Qui dit 20e anniversaire, dit occasion rêvée de lancer une nouvelle tradition : le temps d’une journée, le Mont des Arts se transforme en Mont des Musiques. Outre la programmation de concerts et de spectacles dans divers lieux, nous baptisons un tout nouvel ensemble, le Sound of Brussels Orchestra. 

 

Notre époque est pleine de défis qui inspirent d’ailleurs certains projets présentés lors du festival. Ils prouvent combien l'espoir peut se nicher entre les notes d'un Stabat Mater ou d'un Dies Irae. La musique a la capacité de nous émouvoir et de nous inspirer. Pour Patricia Kopatchinskaja, elle est tout sauf un sujet abstrait : « La musique est là pour qu'on en fasse quelque chose. Même si elle ne porte pas de message ou de fonction concrets, elle nous interpelle. Elle veut être entendue. Je ne crois pas à la musique absolue. Pas vraiment. »

 

Que la fête commence!

 

Joost Fonteyne, intendant

Jan Raes, président

Chantal Pattyn, manager réseau Klara 

Programme

Nelson Goerner – piano

 

Coproduction: Klarafestival, Flagey

 

Maurice Ravel (1875-1937)

Pavane pour une infante défunte, M. 19

Valses nobles et sentimentales, M. 61


Claude Debussy (1862-1918)

Images (Livre I), L. 110

  • Reflets dans l’eau

  • Hommage à Rameau

  • Mouvement

L’Isle joyeuse, L. 106


– interval – 


Franz Liszt (1811-1886)

Ballade No. 2 in B Minor, S. 171 

Etudes de concert, S. 144/2, ‘La leggierezza’

Valses oubliées, S. 215/2 

Hungarian Rhapsody, S. 244/6

Clé d'écoute

​​Chacun à leur manière, Franz Liszt, Claude Debussy et Maurice Ravel ont fait surgir tout un univers du clavier. Ces compositeurs ont été des pionniers dans leur quête d'une nouvelle expression musicale, d'innovations harmoniques et de virtuosité.

 

Le récital du pianiste argentin Nelson Goerner s'inscrit dans la foulée de la récente publication de son douzième enregistrement chez Alpha Classics, consacré aux œuvres pour piano de Franz Liszt. En mettant en parallèle des chefs-d'œuvre du répertoire pianistique de Ravel et Debussy et ceux de Liszt, les œuvres prennent vie. Ainsi, on retrouve l’ombre des sonorités impressionnistes de Debussy dans les harmonies visionnaires de Liszt, tandis que le style raffiné et coloriste de Ravel serait impensable sans la virtuosité légendaire de Liszt.

 

L’hommage de Ravel au passé
Si l’on demande à quelqu’un quels sont les morceaux les plus populaires de Maurice Ravel (1875-1937), le Boléro, M. 81 arrive en tête, suivi de la Pavane pour une infante défunte, M. 19. Composée en 1899, la Pavane évoque, selon Ravel, « une évocation d'une pavane qu'une jeune princesse [Infante] aurait dansée autrefois à la cour d'Espagne ». Ravel adopte l'élégance et le rythme de cette danse processionnelle lente des XVIᵉ et XVIIᵉ siècles, en la revêtant d'une atmosphère subtile et nostalgique grâce à des harmonies et des modulations d'inspiration impressionniste.

 

De même que la Pavane constitue un regard vers un lointain passé espagnol, ainsi, les huit Valses nobles et sentimentales, M. 61, écrites en 1911, rendent hommage au compositeur Franz Schubert (1797-1828). En 1823, Schubert avait publié une série de valses portant le même titre. Lors de l'exécution des valses de Ravel le 9 mai 1911, leur titre est resté secret. Ce concert, organisé par la Société musicale indépendante, était une expérience musicale : les œuvres étaient jouées anonymement et le public devait deviner leur auteur. À la déception de Ravel, ses valses ne furent reconnues qu’à « une faible majorité ». D'autres auditeurs pensaient qu'elles avaient été écrites par Erik Satie, Charles Koechlin, Vincent d’Indy ou même Zoltán Kodály. Les illustres noms français de cette liste sont tous des innovateurs majeurs de la musique française contemporaine. Cette confusion souligne la modernité des Valses nobles et sentimentales de Ravel.

 

Le rythme de danse complexe et varié qui traverse les mélodies des valses est soutenu par des harmonies audacieuses, des gammes modales et une polytonalité. Chacune des danses est unique. Dans l' « Épilogue », la dernière valse, Ravel revient sur les thèmes et motifs des sept valses précédentes. On peut imaginer qu’il s'est beaucoup amusé en composant cette œuvre. En plaisantant, il cite en conclusion le poète Henri de Régnier : « … Le plaisir délicieux et toujours nouveau d'une occupation inutile ».

 

L'univers pictural de Debussy
« Tout l'univers visible n'est qu'un magasin d'images et de signes auxquels l'imagination donnera une place et une valeur relative ; c'est une espèce de pâture que l'imagination doit digérer et transformer. » Cette citation tirée de Le peintre de la vie moderne illustre la vision symboliste et moderniste de Charles Baudelaire (1821-1867), une conception que le compositeur français Claude Debussy (1862-1918) partage avec lui. Étant donné que Debussy « aime autant les images que la musique », cette fascination culmine dans des œuvres visionnaires comme ses Images pour piano. Cette suite de six pièces est regroupée en deux livres en 1905 et 1907.

 

Dans « Reflets dans l'eau »,  la première pièce, Debussy traduit le jeu de la lumière sur l'eau par des arpèges rapides, des fragments mélodiques et des vagues sonores scintillantes qui ne culminent jamais vraiment.  « Hommage à Rameau », la deuxième Image, n'est pas plus une copie de Schubert que les Valses nobles et sentimentales de Ravel. Cet hommage porte plutôt un regard mélancolique sur l’époque du compositeur Jean-Philippe Rameau (1683-1764). Debussy combine de manière sublime la lente sarabande et le langage harmonique modal baroque de Rameau avec ses propres accords parallèles et progressions typiquement impressionnistes. Selon Goerner, on entend ici « le plus grand Debussy. Le lyrisme central est peu fréquent chez lui. C'est la page autour de laquelle s'organise l'ensemble du Cahier. » Le premier livre des Images se termine en apothéose avec « Mouvement », pièce qui reflète la fascination de Debussy pour le mouvement en tant que concept abstrait. Un ostinato constant dans la main droite soutient la musique, tandis que Debussy introduit sans cesse de nouveaux motifs et des mélodies provoquant des glissements rythmiques subtils.

 

Loin de Paris, de leur entourage, de leurs responsabilités… En secret, Debussy et sa bien-aimée Emma Bardac se rendent en 1904 sur l’île de Jersey pour une courte escapade. Leur bonheur et leur évasion paradisiaque transparaissent dans L’Isle joyeuse, une œuvre euphorique où Debussy chante la mer. Il s’inspire probablement pour cette composition du tableau L'Embarquement pour Cythère d’Antoine Watteau. Entend-on dans la musique un voyage du mystère à la joie ? Les nombreux trilles et lignes chromatiques évoquent l’excitation du départ, suivie par une musique exprimant la découverte joyeuse d’un lieu paradisiaque. Les figures et rythmes étincelants de la gamme aboutissent finalement à ce que Goerner décrit comme « la grande explosion finale ». Une conclusion appropriée pour L'Isle joyeuse, car, écrit-il, c'est « un miracle d'écriture, de couleurs, de conduite. C'est une œuvre solaire. »

 

Liszt dans tous ses aspects
Liszt s’inspire, pour sa Deuxième Ballade, de la sinistre ballade Lenore de Gottfried Bürger. Une jeune femme, désespérée suite à la mort supposée de son amant, est emmenée une nuit par un mystérieux cavalier, qui s’avère être la mort et la guide vers sa tombe. La ballade date du printemps 1853, peu après que Liszt ait terminé sa Sonate pour piano. Tout au long de la ballade, Liszt soumet trois thèmes contrastés à de nombreuses transformations thématiques, permettant à l’auditeur de percevoir l’histoire sous-jacente. Les humeurs évoquées oscillent entre menace, drame et lyrisme. Mais ce qui caractérise avant tout la Deuxième Ballade, c’est son jeu pianistique particulièrement virtuose.

 

Cette virtuosité est également au cœur de La leggierezza, une étude de concert que Liszt publie en 1849 avec deux autres Études de concert. Les mesures d’ouverture capricieuses mènent à un « Quasi Allegretto » où les clins d'œil à la musique délicate de Frédéric Chopin (1810-1849) ne sont jamais loin. Dans cette étude, virtuosité technique et expression poétique se rencontrent. De plus, dans La leggierezza Liszt flirte avec l’impressionnisme de Debussy grâce à de nombreuses modulations chromatiques et progressions d’accords.

 

Les dissonances et le chromatisme sont encore plus audacieux dans sa courte deuxième Valse oubliée, composée par Liszt au cours de ses dernières années. Ses quatre Valses oubliées datent en effet des années 1881 et 1884. Le qualificatif « oublié » de la valse est une métaphore du caractère éphémère du temps, de l’amour et de la jeunesse. L’atmosphère de la valse est donc particulièrement raffinée, subtile et mélancolique.

 

Quel contraste avec la Rhapsodie hongroise n° 6, chargée de patriotisme ! Dès les années 1840, Liszt publie de nombreux arrangements de mélodies « nationales » hongroises. Sa série principale est créée durant sa période à Weimar : une série de quinze Rhapsodies hongroises (1851-1853) inspirées par la musique tzigane hongroise. La rhapsodie suit la structure traditionnelle lassan-friska, une forme en deux parties typique des Rhapsodies hongroises de Liszt. Le Lassan introduit solennellement la mélodie, qui mène ensuite au Friska, énergique et (surtout) d’une virtuosité révolutionnaire. Un véritable festin pour le pianiste et l’auditeur.

 

Waldo Geuns

Biographies

Nelson Goerner

Nelson Goerner est un des pianistes les plus estimés d’aujourd’hui. En 1990, il fait une percée mondiale en remportant le Concours international d'exécution musicale de Genève. Depuis lors, il se produit avec des orchestres tels que le Philharmonia Orchestra, l’Orchestre de Paris, le London Philharmonic Orchestra et le NHK Symphony Orchestra, sous la direction de chefs tels que Vladimir Ashkenazy, Philippe Herreweghe, Fabio Luisi ou Esa Pekka-Salonen. Dans le domaine de la musique de chambre, Goerner a partagé la scène avec la pianiste Martha Argerich, la violoniste Janine Jansen et le violoncelliste Steven Isserlis. Il a enregistré pour le label Alpha Classics des œuvres de Beethoven, Chopin, Brahms et Debussy, qui lui ont valu plusieurs Diapason d’Or.

Partenaires

Structural partners

Klara, KPMG

Event partners

Belfius, Interparking, Proximus

Cultural partners

Ancienne Belgique, Belgian National Orchestra, Bozar, Brussels Philharmonic, Flagey, Kaaitheater, Muntpunt, Passa Porta

Public funding

Nationale Bank, Nationale Loterij meer dan spelen, Stad Brussel, Visit Brussels, Vlaamse Gemeenschap

Media partners

BRUZZ, De Standaard, Knack, La Première, La Trois, Le Soir, Musiq3, Radio 1, Ring TV, Le Vif, VRT Eén, VRT Canvas, VRT Max

Festival suppliers

Daniel Ost, Drukkerij VD, Fruit at Work, Tarteletto, Victor Bozar Cafe

Patrons

Wim Bossens, Alex Brabers, Tania Seynhaeve & Jan Raes, Sophie Rutten

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