Livret de programme

Photo Simply Quartet looking in the mirror

Simply Quartet

Poems for Strings

27.03.2025 — 18:30
Flagey, Studio 1
Préface

Bienvenue au 20e Klarafestival!

 

Intitulée We Are Now, cette édition spéciale anniversaire rend hommage à l’instant présent, ici et maintenant. Et personne n'entre dans la magie de l'instant avec autant d’aplomb que la violoniste et compositrice moldave Patricia Kopatchinskaja, notre artiste du festival. Tout s’embrase au contact de celle qui voit chaque concert comme un nouveau départ, un moment d’abondance où tout peut encore arriver. En 2025, le Klarafestival dresse un portrait pluriel de Patricia Kopatchinskaja en tant que violoniste, compositrice et inspiratrice. 

 

Qui dit 20e anniversaire, dit occasion rêvée de lancer une nouvelle tradition : le temps d’une journée, le Mont des Arts se transforme en Mont des Musiques. Outre la programmation de concerts et de spectacles dans divers lieux, nous baptisons un tout nouvel ensemble, le Sound of Brussels Orchestra. 

 

Notre époque est pleine de défis qui inspirent d’ailleurs certains projets présentés lors du festival. Ils prouvent combien l'espoir peut se nicher entre les notes d'un Stabat Mater ou d'un Dies Irae. La musique a la capacité de nous émouvoir et de nous inspirer. Pour Patricia Kopatchinskaja, elle est tout sauf un sujet abstrait : « La musique est là pour qu'on en fasse quelque chose. Même si elle ne porte pas de message ou de fonction concrets, elle nous interpelle. Elle veut être entendue. Je ne crois pas à la musique absolue. Pas vraiment. »

 

Que la fête commence!

 

Joost Fonteyne, intendant

Jan Raes, président

Chantal Pattyn, manager réseau Klara

Programme

Danfeng Shen – violin

Antonia Rankersberger – violin

Xiang Lyu – viola

Ivan Valentin Hollup Roald – cello

 

Coproduction: Klarafestival, Flagey

In the context of Flagey's Jonge Wolven / Flagey, Entre Chien et Loup

 

Rebecca Clarke (1886-1979)

Poem for String Quartet


Wynton Marsalis (1961)

‘Creole Contradanzas’ from At the Octoroon Balls: String Quartet No. 1 


Edvard Grieg (1843-1907)

String Quartet No. 1 in G Minor, Op. 27

  • Un poco andante – Allegro molto ed agitato

  • Romanze: Andantino

  • Intermezzo: Allegro molto marcato – Più vivo e scherzando

  • Finale: Lento – Presto al saltarello

Clé d'écoute

L’unité en polyphonie 

 

Le quatuor à cordes est considéré comme le roi de la musique de chambre. Toutefois, ce titre de noblesse dissimule qu’il s’agit en réalité d’un genre musical très démocratique. Ses quatre interprètes sont placés sur un pied d’égalité et se donnent chacun la place de faire entendre leur voix. Aucun chef d’orchestre ne leur fixe la direction à prendre – ils décident de celle-ci entre eux, en dialoguant. Le métissage polyphonique donne lieu à une symbiose captivante qui ne laisse personne insensible. Et à propos de métissages : dans ses programmes de concert, le jeune et dynamique Simply Quartet cherche sans cesse à faire se rencontrer des univers musicaux distincts. « La philosophie chinoise avance l’idée d’un grand tout où les forces tout à la fois s’opposent et se complètent », indiquent les musiciens. « Nous sommes quatre individus différents à donner forme ensemble à cette unité. » Les pièces pour quatuor à cordes de ce programme montrent comment l’association d’univers distincts donne lieu à une polyphonie captivante.

 

Le Simply Quartet ouvrira cette soirée avec une œuvre de l’altiste et compositrice britannique Rebecca Clarke (1886-1979), première femme à avoir suivi, au Royal College of Music à Londres, une formation à la composition. Sur les conseils son professeur, le célèbre Charles Stanford, Clarke se met à l’alto de façon à « se trouver au cœur du son » et à comprendre de l’intérieur comment fonctionnent les compositions. L’alto, un instrument à cordes souvent un peu dénigré, en vient à occuper une place importante dans son existence. Elle parvient même à gagner sa vie en devenant altiste professionnelle dans des orchestres et des ensembles de chambre. La composition reste une activité secondaire – parce qu’elle est une femme, Clarke est souvent méjugée par ses pairs. Elle se sert néanmoins de l’écriture pour promouvoir son instrument, en s’appuyant sur ses expériences « au cœur du son ». De nombreux altistes voient en elle une compositrice de premier plan pour leur instrument.

 

Dans son œuvre intimiste Poem (1926) aussi, Clarke écrit une magnifique partie d’alto. Deux motifs de base, qui donnent une impulsion rythmique à l’ensemble, s’entremêlent pour former un thème qui se déploie peu à peu et que les musiciens se passent et repassent sans cesse. Les harmonies et la sonorité feutrée des cordes font penser à l’impressionnisme de Claude Debussy. Poem a été éditée à titre posthume en 2004 – Clarke a arrêté de composer en 1944, et bon nombre de ses partitions n’ont jamais été publiées. Ce n’est que dans les années 1970, entre autres sous l’influence de la deuxième vague féministe, que son œuvre a bénéficié d’une attention plus soutenue. Clarke est aujourd’hui considérée comme l’une des plus grandes compositrices et altistes de son époque, un modèle féminin dans le monde de la musique classique longtemps dominé par des hommes.

 

Nous entendrons ensuite un mouvement entraînant du premier quatuor à cordes de Wynton Marsalis (°1961), invité de marque durant cette édition du Klarafestival. Tout comme Rebecca Clarke, le trompettiste né à La Nouvelle-Orléans allie pratique musicale et composition. Bien qu’il se soit surtout fait un nom dans le jazz (il a déjà remporté plusieurs Grammy Awards), Marsalis est parfaitement à l’aise dans la musique classique. Il a aussi fait ses débuts de soliste à l’âge de quatorze ans avec le New Orleans Philharmonic, lors d’un concours qu’il a remporté en interprétant le virtuose Concerto pour trompette de Haydn. Marsalis joue régulièrement la carte « classique » dans ses compositions, mais un métissage avec d’autres styles n’est jamais bien loin : son premier quatuor à cordes regorge des influences jazz qui l’ont bercées depuis sa plus tendre enfance. Ce n’est pas anodin que La Nouvelle-Orléans soit surnommée la ville du jazz.

 

Marsalis utilise souvent sa musique pour parler de discrimination raciale et d’émancipation noire. Son premier quatuor à cordes (1995) n’y fait pas exception, comme en témoigne son sous-titre, At the Octoroon Balls [Aux bals des octorons]. « Octoron » est un terme de l’époque coloniale désignant une personne qui a un huitième de sang noir. Au XIXe siècle, on organisait à La Nouvelle-Orléans des bals au cours desquels on donnait aux personnes de couleur « l’occasion » de trouver un(e) conjointe(e) blanc(he). Souvent, ces petites fêtes tournaient au fétichisme sexuel des personnes non blanches et à la prostitution forcée. La musique sur laquelle on dansait, aux influences européennes, était jouée surtout par des musiciens noirs qui apportaient leurs propres traditions musicales, comme le jazz. Ce sont ces univers que Marsalis convoque dans son premier quatuor à cordes, qui explore les contradictions et les compromis créoles ayant façonné La Nouvelle-Orléans. Le Simply Quartet en interprétera le mouvement « Creole Contradanzas », qui évoque les danses de couple pratiquées lors de ces bals : un mélange swinguant des traditions musicales européennes et noires.

 

Pour finir, le Simply Quartet interprétera le quatuor à cordes en sol mineur que le compositeur norvégien Edvard Grieg (1842-1907) a écrit entre 1877 et 1878, alors qu’il s’était retiré dans la campagne proche de Bergen. Il espérait que ce cadre l’inspirerait et qu’il parviendrait à intégrer des éléments folkloriques dans des formes musicales classiques telles que le quatuor à cordes. Si la créativité se laisse un temps désirer, il réussit néanmoins à associer ces deux univers. Il emprunte pour ce faire le thème principal du quatuor à une mélodie de sa main, Spillemænd. Celle-ci conte la légende d’un ménestrel qui demande à une ondine comment ensorceler sa bien-aimée avec la musique – en vain. Grieg expose d’emblée le thème principal – en mineur –, noble et sonore, ce qui implique que chaque musicien fasse vibrer plusieurs cordes en même temps. Le matériau musical de cette ouverture grandiose revient sous diverses formes tout au long des quatre mouvements.

 

Le jeu en double corde donne l’impression qu’un grand orchestre à cordes est à l’œuvre, et non pas juste quatre musiciens. Ces sonorités riches et fastueuses donnent des envies de nature norvégienne, mais transforment aussi l’exécution de la pièce en véritable défi technique. Dans un premier temps, l’éditeur de Grieg refusa même de la publier : la musique présentait une orchestration inhabituellement étoffée pour un quatuor à cordes, et une nouvelle version pour un plus gros effectif semblait être la seule solution. En dépit des critiques, ce quatuor à cordes a remporté un vif succès à sa création. La composition de Grieg est considérée comme une œuvre charnière entre le romantisme et l’impressionnisme – Claude Debussy en reprendra le thème principal dans son propre quatuor à cordes impressionniste. Rien d’étonnant à ce que le Simply Quartet veuille terminer son voyage polyphonique avec une composition qui crée ainsi des ponts. 

 

Maarten Boussery

Biographies

Simply Quartet

Partant du principe que les opposés s’attirent, le jeune Simply Quartet associe simplicité et complexité, musique classique et moderne, et puise son inspiration dans les univers sonores de plusieurs cultures. Fondé à Shanghai, il s’est ensuite épanoui à Madrid et Vienne. Il a remporté les premiers prix de l’International Joseph Haydn Chamber Music Competition (2017), de la Franz Schubert and Modern Music Competition (2018), de la Carl Nielsen International Chamber Music Competition (2019) et de Quatuors à Bordeaux (2019). Il s’est depuis produit au Wigmore Hall à Londres, au Concertgebouw Amsterdam, à la Tonhalle Zürich, à la Konzerthaus Berlin et à la Beethovenfest Bonn.

Partenaires

Structural partners

Klara, KPMG

Event partners

Belfius, Interparking, Proximus

Cultural partners

Ancienne Belgique, Belgian National Orchestra, Bozar, Brussels Philharmonic, Flagey, Kaaitheater, Muntpunt, Passa Porta

Public funding

Nationale Bank, Nationale Loterij meer dan spelen, Stad Brussel, Visit Brussels, Vlaamse Gemeenschap

Media partners

BRUZZ, De Standaard, Knack, La Première, La Trois, Le Soir, Musiq3, Radio 1, Ring TV, Le Vif, VRT Eén, VRT Canvas, VRT Max

Festival suppliers

Daniel Ost, Drukkerij VD, Fruit at Work, Tarteletto, Victor Bozar Cafe

Patrons

Wim Bossens, Alex Brabers, Tania Seynhaeve & Jan Raes, Sophie Rutten

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