Livret de programme

Alexandre Kantorow

Alexandre Kantorow

Keys to the Soul

23.03.2026 — 20:00
Flagey, Studio 4
Préface

Where Is Home? 

Un chez-soi musical

 

Un homme monte sur scène, violoncelle à la main. Il observe la salle, écarte les bras et déclare : « Bienvenue. Ce soir, vous n’êtes pas de simples spectateurs, mais des participants. Notre rencontre est un échange. » Il commence ensuite à chanter et à jouer, et tout devient clair. Tel une antenne vivante, il capte l’énergie du public et la renvoie décuplée. La salle se métamorphose en salon. Ceux qui étaient présents rentrent chez eux transformés. 


C’est à peu près ainsi que se déroule un concert d’Abel Selaocoe. Avec ce charismatique violoncelliste, chanteur et compositeur, nous vous souhaitons la bienvenue au 21e Klarafestival. En tant qu’artiste du festival, Selaocoe donnera trois concerts couvrant tout le spectre de son univers musical. De la musique traditionnelle de son pays natal, l’Afrique du Sud, au baroque en passant par le jazz, le classique contemporain et l’improvisation, il fusionne toutes ces influences pour créer une œuvre unique placée sous le signe de l’identité et des échanges culturels.

 

Le thème de cette édition du festival s’inspire du premier album du Bantu Ensemble, le groupe de Selaocoe : Where Is Home? Une question ouverte qui appelle d’innombrables réponses, surtout dans une ville aussi diversifiée que Bruxelles, où se croisent 180 nationalités et 100 langues. Notre capitale est une plaque tournante. Un refuge. Un foyer temporaire ou permanent pour d’innombrables personnes et autant d’histoires. Jour après jour, nous avons la chance de pouvoir ancrer notre festival dans un terreau aussi fertile. 

 

Le Klarafestival 2026 rend hommage à cette ville qui est la nôtre. Dans le cadre du Muziekberg/Mont des Musiques, des musiciens bruxellois investissent pendant une journée le Mont des Arts, entre le Musée des instruments de musique, Bozar, la galerie Ravenstein et les Musées royaux des Beaux-Arts. Radio Lomax et la Chorale des Invisibles (La Voix des Femmes Sans Papiers) interprètent des chansons bruxelloises aux origines diverses. 

 

Notre mission est de faire découvrir à un public aussi large que possible que la musique classique est bien vivante. Entre les mains des musiciens audacieux que nous accueillons, même les œuvres les plus familières reçoivent un nouveau souffle. Laissez-vous surprendre par la Passion selon Saint Jean de Bach sous la direction de Maxim Emelyanychev. Émerveillez-vous devant Beethoven et Strauss avec l’Orchestre Philharmonique du Luxembourg. Redécouvrez Chopin et Scriabine dans une interprétation d’Alexandre Kantorow. Ou faites connaissance avec le phénomène du clavier Anthony Romaniuk : tout comme Abel Selaocoe, il mêle sa propre musique au répertoire existant, de Bach à Björk. 

 

Cette édition du festival rassemble d’autres artistes partageant ces mêmes affinités musicales. Annelies Van Parys a ainsi achevé la 8e symphonie de son ancien professeur Luc Brewaeys. Les pianistes Kris Defoort et Stéphane Ginsburgh rendent hommage à leur ami Philippe Boesmans, qui aurait eu 90 ans en 2026. Quant à Abel Selaocoe, il improvise avec d’anciens et nouveaux alter ego musicaux et interprète un tout nouveau concerto pour violoncelle de la compositrice américaine Jessie Montgomery avec le Brussels Philharmonic. 

 

Tout ceci ne serait pas envisageable sans le soutien de nos partenaires à Bruxelles et ailleurs. Bozar, Flagey, La Monnaie, l’Ancienne Belgique, Brussels Philharmonic, l’Orchestre national de Belgique, Passa Porta, BNA-BBOT et la Fondation Luc Brewaeys contribuent à l’ADN unique du Klarafestival. Nos partenaires privés indispensables sont KPMG Belgium, Proximus, Brugse Zot, Gimv/WorxInvest et Interparking. Nous tenons à remercier la Communauté flamande, la Commission communautaire flamande, la Région de Bruxelles-Capitale et la Loterie Nationale pour leur soutien. La collaboration avec la VRT et Klara est quant à elle le secret de notre succès en tant que festival radiotélévisé. Enfin, nous adressons toute notre reconnaissance au public enthousiaste qui nous suit, tant dans la salle de concert qu’à la maison via la radio et VRT MAX. 

 

Pour Abel Selaocoe, le « chez-soi » représente bien plus qu’un bâtiment ou un lieu. « Il peut s’agir d’un espace spirituel. De quelqu’un. (...) De quelque chose que l’on découvre au détour d’un chemin. » Pendant sept ans, l’intendant Joost Fonteyne a été « chez lui » au Klarafestival. Son goût pour l’aventure et les liens sociaux transparaît plus que jamais dans le programme de ce festival. En avril 2026, il poursuivra son voyage et passera le flambeau à Jan Van den Borre. Merci du fond du cœur, Joost, pour ces belles années ! 

 

L'équipe du Klarafestival

Joost Fonteyne, intendant

Jan Raes, président

Chantal Pattyn, gestionnaire de réseau Klara

Programme

Alexandre Kantorow – piano 

 

Coproduction: Flagey, Klarafestival

 

Franz Liszt (1811-1886)

Variations on ‘Weinen, Klagen, Sorgen, Zagen’ by J.S. Bach, S. 180


Nikolai Medtner (1880-1951)

Piano Sonata in F Minor, Op. 5

  1. Allegro 
  2. Intermezzo: Allegro 
  3. Largo divoto
  4. Finale: Allegro risoluto  

Interval


Frédéric Chopin (1810-1849) 

Prélude in C-flat Minor, Op. 45


Charles-Valentin Alkan (1813-1888)

25 Préludes, Op. 31 

  • VIII. Chanson de la folle au bord de la mer  

Alexander Scriabin (1872-1915)

Vers la flamme, Op. 72


Ludwig van Beethoven (1770-1827)

Piano Sonata No. 32 in C Minor, Op. 111

  1. Maestoso: Allegro con brio ed appassionato
  2. Arietta: Adagio molto semplice e cantabile 
Clé d'écoute

Avec Keys to the Soul, Alexandre Kantorow invite le public à un voyage intérieur. Le récital qu’il propose ne se résume pas à une simple succession de chefs-d’œuvre. Il nous mène dans un parcours soigneusement construit à travers le deuil et la consolation, le combat intérieur et la transcendance, l’extase et le recueillement.

 

Une passacaille de douleur et de réconciliation

Kantorow ouvre son récital sur l’une des œuvres les plus personnelles de Liszt. Les Variationen, S. 180, sont fondées sur le basso ostinato chromatique de la cantate Weinen, Klagen, Sorgen, Zagen (BWV 12) de Johann Sebastian Bach. Bien que Liszt parle lui-même de « variations », la forme se rattache plus étroitement à la tradition de la passacaille : un schéma de basse obstinément répété imprègne l’ensemble de l’œuvre et crée une sensation de pesanteur inéluctable.

 

Liszt composa cette pièce peu après la mort de sa fille Blandine en 1862, trois ans à peine après le décès de son fils Daniel. Un deuil profond et intériorisé imprègne sa musique. Liszt n’envisage l’apaisement que dans la conclusion de son oeuvre. Le passage à la tonalité de fa majeur et la citation du choral Was Gott tut, das ist wohlgetan ne suggèrent pas un triomphe, mais une consolation sobre, empreinte de résignation.

 

Un jeune maître russe s’exprime

Nikolaj Medtner n’a que vingt-trois ans lorsqu’il achève, en 1903, sa Première Sonate pour piano. Pourtant, cette sonate révèle déjà un pianiste-compositeur d’une maturité remarquable, profondément imprégné de l’héritage classique allemand, tout en affirmant une voix éminemment personnelle. On peut y entendre des influences de Bach, Beethoven, Chopin et Liszt, mais l’ensemble demeure pleinement l’œuvre personnelle de Medtner.

 

La sonate en quatre mouvements se déploie comme un drame psychologique dont l’âme constitue le champ de bataille, à travers la pensée, la quête et le doute. Le premier mouvement, agité, révèle une parenté marquée avec l’écriture polyphonique de Bach, que Medtner fusionne délibérément avec une mélancolie et un lyrisme typiquement russes. La musique cherche fiévreusement un point d’appui, sans véritable résolution. L’Intermezzo suivant offre un apaisement apparent, mais laisse planer une menace sous-jacente. Le cœur de la sonate est le Largo divoto, méditation recueillie, presque religieuse, où alternent doute et espérance. Le final, Allegro risoluto, porte cette tension jusqu’à un climax passionné.

 

Sonorité onirique

Le Prélude en do dièse mineur, op. 45, de Chopin constitue un moment de recueillement introspectif. Contrairement aux préludes brefs et aphoristiques de l’opus 28, cette pièce se déploie comme une improvisation notée. Chopin y joue à fusionner progressivement mélodie et accompagnement. En particulier, la cadence fortement chromatique qui précède immédiatement la fin sonne comme un instant de libre imagination, à la suite duquel le matériau initial revient sous une forme adoucie.

 

Drame intérieur au bord de la mer

La Chanson de la folle au bord de la mer, extraite des 25 Préludes, Op. 31, de Charles-Valentin Alkan, introduit une dimension nettement programmatique dans le récital. Dans cette miniature brève mais intense, Alkan peint l’instabilité mentale et la dissociation intérieure d’une femme face à la mer. Musicalement, cet état d’esprit se traduit par un contraste extrême de registres : une mélodie aérienne et fragile dans l’aigu, opposée à une basse lourde et menaçante, suggérant le mouvement inexorable de la mer. L’usage du pédalier et de la résonance confère ici au piano une profondeur presque orchestrale et crée un paysage sonore hypnotique.

 

Flammes de transcendance

Vers la flamme est l’une des dernières œuvres d’Alexander Scriabin et incarne le style visionnaire du compositeur russe, alors âgé de quarante-deux ans. Moins d’un an plus tard, il mourra subitement d’une septicémie. Ce bref poème est imprégné des idées théosophiques sur l’extase comme force créatrice qui déterminent la pensée de Scriabin à cette époque : « Sous l’angle de la pensée, l’extase est la plus haute forme de synthèse ; sous l’angle du sentiment, l’extase est la plus grande joie ; sous l’angle de l’espace, l’extase est floraison et destruction ». Musicalement, Scriabin traduit cette vision – inspirée par la pensée de Friedrich Nietzsche – par un mouvement irrésistible vers un point d’embrasement. Trilles, trémolos et figures fulgurantes rendent la sonorité de plus en plus instable, comme si la matière elle-même se mettait à fondre. Pour Scriabin, le feu est le symbole de la transformation : destruction et renaissance en un seul geste. Dans le contexte de ce récital, Vers la flamme intervient comme un moment de transgression radicale des limites, où l’âme menace de perdre sa forme.

 

La sonate ultime

La dernière sonate pour piano de Beethoven constitue le point culminant du récital de Kantorow. Composée en 1822, cette œuvre ne comporte que deux mouvements, rupture audacieuse avec la forme traditionnelle en trois ou quatre mouvements. Les deux parties s’opposent, représentant les extrêmes de l’univers musical de Beethoven.

 

Le premier mouvement (Maestoso ; Allegro con brio e appassionato) est orageux et passionné, à l’image de nombreuses œuvres de Beethoven en do mineur. La musique semble vouloir sans cesse briser les limites de l’instrument, portée par des syncopes entraînantes, des passages fugués, des gestes tempétueux et des déplacements harmoniques abrupts. On y retrouve la même impulsion que chez Liszt : le piano comme champ de lutte, lieu où la volonté humaine se heurte au poids de l’existence.

 

Le second mouvement (Arietta : Adagio molto semplice e cantabile), en do majeur, s’ouvre sur un thème d’une simplicité presque naïve. Dans une série de variations, ce thème s’étire et se transforme progressivement. Le raffinement rythmique et des trilles presque immatérielles conduisent la musique vers une atmosphère de détachement et de quiétude.

 

On aurait un jour demandé à Beethoven pourquoi il n’avait pas ajouté un troisième mouvement à cette sonate. Sa réponse laconique aurait été : « Je n’en ai pas eu le temps ». Mais quiconque entend cette sonate comprend qu’un troisième mouvement y est tout simplement impensable. C’est du moins l’opinion de Wendell Kretschmar, personnage du roman Doktor Faustus de Thomas Mann :

« Il suffit, disait-il, d’entendre l’œuvre pour connaître soi-même la réponse. Un troisième mouvement ? Un nouvel élan ? Un retour après cet adieu ? Impossible ! La sonate en général, comme genre, comme forme artistique traditionnelle […], était ici arrivée à son terme, menée à son accomplissement. »

 

Waldo Geuns

Biographies

Le pianiste Alexandre Kantorow s’est fait connaître à l’échelle internationale en 2019, devenant le premier Français à remporter le Premier Prix et le Grand Prix du Concours international Tchaïkovski. Depuis, il s’est produit en tant que soliste avec des orchestres tels que le Los Angeles Philharmonic, l’Orchestre national de France et le Royal Philharmonic Orchestra, sous la direction de chefs d’orchestre tels que Jaap van Zweden, Vasily Petrenko et John Eliot Gardiner. Ses récitals en solo l’ont conduit sur les scènes du Concertgebouw à Amsterdam, de la Wiener Konzerthaus, de la Philharmonie de Paris et du Wigmore Hall à Londres, entre autres. En 2024, Kantorow a reçu le Gilmore Artist Award, décerné tous les quatre ans, et a été nommé Chevalier de l’Ordre national du Mérite.

Partenaires

Structural partners

Klara, KPMG

 

Event partners

Brouwerij Halve Maan, Gimv | Worxinvest, Interparking, Proximus

 

Cultural partners

Ancienne Belgique, Belgian National Orchestra, Bozar, Brussels Philharmonic, De Munt | La Monnaie, Flagey, Muntpunt, Museum of Musical Instruments, Passa Porta

 

Public funding

Nationale Bank, Nationale Loterij meer dan spelen, Stad Brussel, Visit Brussels, Vlaamse Gemeenschap

 

Media partners

BRUZZ, De Standaard, La Première, La Trois, Le Soir, Musiq3, Radio 1, Ring TV, VRT Eén, VRT Canvas, VRT Max

 

Festival suppliers

Daniel Ost, Drukkerij VD, Maison Dandoy

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