Les nouvelles voix de la musique de chambre
Entretien avec l’Effel Quartet et le Naka Quartet
C’est officiel, le Naka Quartet et l’Effel Quartet sont les gagnants du concours Supernova 2026. Frais lauréats de cette douzième édition du concours s’adressant aux jeunes ensembles de musique de chambre, ils sont impatients de se produire devant leur public. Au cours du Klarafestival 2026, et plus précisément le samedi 21 mars, vous pourrez venir écouter ces deux quatuors en live au Musée des Instruments de Musique. Ce concert, qui fait partie du prix du concours, marque également le début de leur tournée à travers la Belgique. À l’approche du festival, les deux ensembles ont abordé leur parcours, leurs choix musicaux et le développement de leur identité propre au sein de la musique de chambre.
Que signifie pour vous le fait de remporter ce prix ?
Effel Quartet : Ça a été un énorme soulagement de constater que tout ce travail était récompensé. Ce qui donne au prix une valeur particulière, c’est que nous avons pu interpréter lors de la finale une pièce spécialement composée pour nous par notre professeur Vincent David.
Naka Quartet : Ça nous a également fait un immense plaisir de voir que tous nos efforts avaient porté leurs fruits. Ça nous motive à travailler encore plus. C’est notre première récompense commune en tant que quatuor et nous n’avons qu’une envie, c’est d’en profiter pour aller encore plus loin.
Quel est votre sentiment quand vous repensez à votre participation au concours ?
EQ : C’était la première fois que nous réfléchissions vraiment en groupe à la manière de combiner la musique à une autre discipline artistique. Nous voulions prouver qu’un concert de musique de chambre est tout sauf guindé : on n’est pas obligé de rester assis pendant 45 minutes uniquement à écouter les musiciens. Nous avons consciemment opté pour une approche innovante dans la composition de notre programme, en jetant des ponts vers la poésie et la peinture. Ça a été pour nous quatre un processus particulièrement intéressant et instructif.
NQ : Supernova n’était pas notre premier concours, mais c’était certainement le plus important jusqu’à présent. Le parcours a été intense, mais nous sommes vraiment satisfaits rétrospectivement. Nous avons été formidablement accompagnés par les collègues du Klarafestival, de la demi-finale à Flagey à la finale à DE SINGEL. Nous n’avions jamais joué dans une salle de cette taille et avec une acoustique aussi exceptionnelle. Heureusement, nous avons pu identifier ce qui fonctionnait ou ne fonctionnait pas pendant les balances. Le retour des membres du jury a également été particulièrement enrichissant et motivant.
Le 21 mars, vous donnerez le coup d’envoi de votre tournée de concerts en Belgique lors du Klarafestival. Qu’allez-vous nous proposer ?
NQ : Nous voulons titiller le public sans pour autant le choquer. Nous reprenons les œuvres de Felix Mendelssohn et Wim Henderickx que nous avons déjà joué lors de la finale. Ce qui nous permet de faire ressortir notre singularité en tant qu’ensemble : la mise en dialogue de pièces de musique contemporaine rarement jouées avec des chefs-d’œuvre classiques comme ceux de Mendelssohn.
EQ : Nous reprenons aussi une des pièces de notre finale : la Suite Bergamasque de Debussy est une œuvre toujours appréciée du public. Mais nous ne nous sommes pas arrêtés là. Pour le concert du festival, nous collaborons avec l’artiste visuelle Julia Renaudot. Nous sommes curieux de voir le résultat et la réaction du public. Nous jouons également les mouvements Maurice et Béla extraits d’Images, la pièce composée pour nous par Vincent David.
Y a-t-il des œuvres ou compositeurs qui font partie intégrante de votre répertoire ?
EQ : Debussy a pour nous une signification particulière. Sa Suite Bergamasque est la première grande œuvre que nous avons jouée ensemble. Nous l’avons également enregistrée, donc il paraissait naturel de la garder. Pour le reste, nous essayons de développer une courbe et un récit clairs dans chaque programme.
NQ : Cette articulation est également importante pour nous. Nous nous sentons très attirés par la musique de chambre, et particulièrement celle des compositeurs belges. Nous avons tous les quatre une profonde admiration pour l’œuvre de Wim Henderickx. La pièce de son répertoire que nous jouons, In Deep Silence III. Impression on a Theme from Haydn. String Quartet No. 2, est inspirée par la musique orientale. Elle offre un moment suspendu de sérénité et de réflexion.
EQ : Nous recherchons un équilibre entre ancien et nouveau : Debussy, entre autres avec Clair de Lune, une pièce que beaucoup de gens reconnaissent, offre un beau contraste avec l’énergique Ciudades de Guillermo Lago.
Avez-vous d’autres projets en cours en dehors de votre série de concerts en Belgique ?
EQ : C’est une période chargée pour nous. Nous préparons en ce moment un festival à Andorre. Nous y présenterons Images en première, ainsi que deux œuvres entièrement nouvelles dans notre répertoire. Nous avons par ailleurs toute une série de concerts prévus en juin, août et septembre.
NQ : Nous jouons également en dehors de nos frontières. Nous aurons bientôt un concert à Metz, à l’Arsenal, où nous interpréterons pour la première fois des pièces de la compositrice sino-américaine Zihan Wu. Notre quatuor est également invité comme ensemble en résidence par la Chamber Music for Europe, une association de promotion de la musique de chambre en Wallonie et à Bruxelles. Lors de ces résidences, plusieurs concerts sont prévus sur l’ensemble d’une saison, dont des festivals en Italie et en France.
Si vous pouviez rêver un instant : où vous voyez-vous comme ensemble dans cinq ans ?
NQ : Nos rêves les plus fous ? Devenir riches et s’installer à Los Angeles. (rires) Nous espérons pouvoir étendre notre réseau dans chacun de nos pays : la Belgique, la France, l’Italie et le Japon. Nous voudrions aussi travailler avec des compositeurs, des artistes plasticiens et des scénographes pour explorer toutes les possibilités que ce genre de collaboration peut offrir.
EQ : Notre objectif principal est de faire voir une autre facette du saxophone et de montrer les possibilités sonores surprenantes et vastes qu’offre l’instrument, y compris en quatuor. En collaborant davantage avec des compositeurs, nous voulons utiliser notre quatuor comme support de création de nouveaux formats.
Comment gérez-vous la compétition et le stress ?
EQ : Quand on joue en solo, on est seul sur scène et on est livré à soi-même. L’ambiance est beaucoup plus détendue dans le contexte de la musique de chambre. En plus, nous avons souvent joué ensemble l’année passée, donc être sur scène nous paraît familier. Une bonne préparation et une confiance réciproque permettent de faire disparaître le stress. Ce qui reste, c’est un niveau de tension normal, et surtout une bonne part d’enthousiasme.
NQ : Chacun gère le stress plus ou moins facilement, et c’est bien de se comprendre à ce niveau. Mais en même temps, on s’ouvre l’un à l’autre pour renforcer notre connexion, ce qui nous donne une certaine sérénité. On se sent bien ensemble, donc on est en totale confiance sur scène.
Quel conseil donneriez-vous aux futurs candidats ?
EQ : Pensez avant tout à la musique. Concentrez-vous sur la qualité, soyez convaincus de ce que vous faites, et faites quelque chose qui a vraiment du sens pour vous et que vous assumez pleinement en tant qu’ensemble. Si vous êtes sincères, vous serez entendus. Supernova, c’est bien plus qu’une première, une deuxième ou une troisième place.
NQ : Votre personnalité d’ensemble est également importante. Posez-vous les questions : « Quelle est notre identité ? Que voulons-nous montrer ? » Construisez avec soin un répertoire qui correspond à votre identité. Ne choisissez pas trop vite et permettez-vous de douter. Et enfin : ne réfléchissez pas trop au moment même. Essayez avant tout de profiter du moment, parce que cette énergie se communique également au public et au jury.
Interview de Fauve Charlier