Patricia Kopatchinskaja, Aurora Orchestra, Vox Luminis & Anthony Romaniuk
Dies Irae
Bienvenue au 20e Klarafestival!
Intitulée We Are Now, cette édition spéciale anniversaire rend hommage à l’instant présent, ici et maintenant. Et personne n'entre dans la magie de l'instant avec autant d’aplomb que la violoniste et compositrice moldave Patricia Kopatchinskaja, notre artiste du festival. Tout s’embrase au contact de celle qui voit chaque concert comme un nouveau départ, un moment d’abondance où tout peut encore arriver. En 2025, le Klarafestival dresse un portrait pluriel de Patricia Kopatchinskaja en tant que violoniste, compositrice et inspiratrice.
Qui dit 20e anniversaire, dit occasion rêvée de lancer une nouvelle tradition : le temps d’une journée, le Mont des Arts se transforme en Mont des Musiques. Outre la programmation de concerts et de spectacles dans divers lieux, nous baptisons un tout nouvel ensemble, le Sound of Brussels Orchestra.
Notre époque est pleine de défis qui inspirent d’ailleurs certains projets présentés lors du festival. Ils prouvent combien l'espoir peut se nicher entre les notes d'un Stabat Mater ou d'un Dies Irae. La musique a la capacité de nous émouvoir et de nous inspirer. Pour Patricia Kopatchinskaja, elle est tout sauf un sujet abstrait : « La musique est là pour qu'on en fasse quelque chose. Même si elle ne porte pas de message ou de fonction concrets, elle nous interpelle. Elle veut être entendue. Je ne crois pas à la musique absolue. Pas vraiment. »
Que la fête commence!
Joost Fonteyne, intendant
Jan Raes, président
Chantal Pattyn, manager réseau Klara
Aurora Orchestra
Vox Luminis – vocal ensemble
Patricia Kopatchinskaja – violin, artistic direction
Anthony Romaniuk – piano
Roman Borkovsky, Arnau Chacun Alberta, Luca Faghel, Elias Meers, Guann-Tyng Ho, Akari Koizumi, Annika Küster – trombone (students of the Brussels Conservatories)
Coproduction: Klarafestival, Bozar, Koninklijk Conservatorium Brussel, Conservatoire royal de Bruxelles
With the support of: the Tax Shelter of the Belgian Federal Government
World premiere: 2 September 2017, Lucerne Festival
DIES IRAE – A Staged Concert
Giacinto Scelsi (1905-1988)
Okanagon (recording)
Heinrich Ignaz Franz Biber (1644-1704)
Battalia
George Crumb (1929-2022)
Black Angels (excerpts)
Jimi Hendrix
Visual recomposing by Jonas Link and sound design by Jorge Sánchez-Chiong
Antonio Lotti (1667-1740)
Crucifixus (choir a cappella)
Improvisation on a Byzantine chant (Psalm 140)
John Dowland (1563-1626)
Lachrimae antiquae novae
Galina Ustvolskaya (1919-2006)
Composition II – ‘Dies Irae’ for 8 double basses, percussion and piano
Gregorian Dies Irae (choir a cappella)
Une femme défonce un coffre en bois à coups de marteau. À proximité résonnent des accords de piano houleux. Huit contrebasses répètent indéfiniment la même phrase. Le Dies Irae de Galina Oestvolskaja marque l’apothéose du spectacle du même nom qui clôturera le Klarafestival 2025. Ce concert mis en espace a jailli de l’imagination de l’artiste invitée du festival, Patricia Kopatchinskaja : quelle réponse la musique classique peut-elle apporter aux urgences de notre époque ? Que peut entreprendre un musicien contre la guerre et le réchauffement climatique ? En compagnie d’Aurora Orchestra et de Vox Luminis, Kopatchinskaja survole l’histoire de la musique, du Dies Irae [jour de colère] grégorien à sa réinterprétation contemporaine par Oestvolskaja, en passant par une Battalia baroque de Biber et l’émouvant Crucifixus de Lotti ou encore Black Angels de George Crumb. Cette production est tout à la fois une dénonciation et un appel. Une fois la matière musicale retombée, Kopatchinskaja vous invite à rentrer vaillamment chez vous et à aller de l’avant.
Ce troisième et dernier projet de l’artiste en résidence du Klarafestival est la preuve vivante de son credo: pour Patricia Kopatchinskaja, la musique n’est pas un matériel aride, mais une question vitale. Quand cette violoniste et compositrice moldave monte sur scène (souvent pieds nus), on peut s’attendre à un véritable flot de musique qui donne à voir le monde sous une nouvelle lumière. Qu’elle joue de la musique ancienne ou contemporaine, ou encore ses propres compositions, elle donne toujours à entendre les notes différemment, inspirée par l’énergie de l’instant. Convention et perfection sont alors subordonnées à la fantaisie et l’aventure. À l’approche du festival, elle s’est entretenue avec l’intendant Joost Fonteyne et la dramaturge Katherina Lindekens à propos de sa vision de la musique et du rituel particulier du concert.
JF – Vous avez un jour raconté lors d’une interview que la pluie avait été votre première professeure de musique.
PK – Je me souviens en effet très clairement de mes premières perceptions du rythme et de la mélodie dans la nature. Les gens vous demandent tout le temps qui était votre professeur, mais en réalité, on peut apprendre partout. La musique ne se limite pas à ce qui est noté sur une partition. D’ailleurs, Busoni disait : « Dès que l’on écrit la musique, on la tue. » De fait, on la fige alors littéralement dans une forme rigide. Pour pouvoir interpréter la musique, il faut donc la « décoller » du papier et lui redonner vie. Un concert est une rencontre intime. Je donne à entendre ce qui se passe entre l’œuvre et moi – dans l’instant, sans l’entremise de théories ou de traditions. J’essaie d’entraîner le public dans cette aventure. Parfois, il y a des ratés, et il n’y a pas de mal à cela. Je trouve important d’accueillir les fautes et les imperfections. Après tout, nous sommes des êtres humains.
KL – Vous êtes tout à la fois violoniste et compositrice. Comment ces deux identités se nourrissent-elles l’une l’autre ?
PK – Je ne fais aucune différence entre ces deux processus créatifs. J’estime d’ailleurs que les compositions n’ont pas de propriétaire – pas même leur auteur. La matière de la musique est présente partout autour de nous. Un créateur s’empare simplement d’une chose qui est déjà là. C’est un privilège de l’entendre, de l’écrire et de la jouer. Le compositeur n’est pas un dieu que viennent servir des musiciens. Pas du tout ! Nous sommes tous des maillons de ce processus de création. La partition est une étape permettant de conserver le matériau. Mais nous devons ensuite l’amener vers notre époque et l’interpréter dans un langage que tout le monde comprend. Quand je joue de la musique ancienne, je ne suis pas dans un lointain passé. Bien sûr, je veux donner à entendre tout ce qu’elle avait de surprenant ou de révolutionnaire à sa création. Mais je me trouve dans le temps présent. Mes auditeurs vivent aussi dans cette époque, ils savent ce que sont la menace nucléaire et le changement climatique, ils connaissent Spotify et l’IA.
KL – Le public est donc un partenaire essentiel ?
PK – Absolument. Sans le public, nous n’existons pas. Il n’y a pas non plus de mur entre musiciens et spectateurs, même si on pourrait parfois le penser. C’est comme si la salle de concert avait remplacé l’église : les musiciens sont à distance respectueuse, et les gens sont juste autorisés à applaudir. J’aimerais briser ce sacro-saint ordonnancement. Pour moi, la scène pourrait tout aussi bien être une plaine de jeux. Jouez avec la musique. Vivez-la, encore et encore. Move it! Quelle est la mission des artistes ? D’abord, ne pas ennuyer le public. Et puis être aussi authentique que possible. Nous nous tenons sur scène, notre fragilité mise à nu, mais porteurs d’un message fort.
JF – À mes yeux, les artistes sont aussi des personnes qui interrogent les choses, qui nous invitent à réfléchir.
PK – Les artistes ont souvent une vision un peu différente du monde. De cette manière, ils sortent les gens de leur zone de confort. Une salle de concert n’est pas un centre de bien-être. C’est un espace conçu pour le divertissement et la beauté, certes, mais aussi pour fasciner, confronter, provoquer. Un artiste montre un reflet de son âme. C’est seulement ainsi qu’il peut accéder à un soupçon de vérité – une vérité qui a toujours plusieurs visages. De ce fait, je ne pense pas non plus que l’art puisse être apolitique. La politique parle de nous, et l’art parle de nous. Nous ne sommes pas des aliens. Nous sommes là, nous formons une communauté.
JF – Avons-nous trop tendance à réduire l’art à la beauté ? Souvent, après un concert, les gens se demandent : « Tu as trouvé ça beau ? Ça t’a plu ? »
PK – Tout à fait, alors que la question devrait plutôt s’intéresser à ce qu’un concert vous a fait. Ça peut être lié à la beauté, mais à tant d’autres choses aussi. La beauté est une notion élastique et personnelle. Pensons aux toiles grinçantes de Francis Bacon, au Cri de Munch ou aux représentations de l’enfer de Jérôme Bosch. Ou encore, prenons les portraits de Frans Hals : quand on a le nez dessus, on est loin de les trouver parfaits. Il faut prendre un peu de recul pour ressentir leur force. Une dissonance dans la musique de Kurtág, c’est de la beauté.
KL – Revenons à votre invitation à accueillir l’imperfection. De la bouche d’une violoniste aussi prodigieuse, cela semble presque paradoxal.
PK – Je cherche avant tout à intégrer l’art à la vie, et vice-versa. J’ai beaucoup appris de la musique populaire que j’écoutais dans mon enfance. Elle était très fonctionnelle : il y avait celle pour danser, celle pour accompagner les obsèques et autres rituels. Elle était chaque fois composée de telle sorte qu’il était impossible de ne pas danser ou de ne pas pleurer. Cette forme d’immédiateté est profondément ancrée en moi. À vrai dire, la musique n’est jamais abstraite. Elle est là pour qu’on en fasse quelque chose. Même quand elle est dépourvue de signification ou de message concrets, elle vous interpelle. Elle veut être entendue. Je ne crois pas à la musique absolue. Pas vraiment.
Katherina Lindekens
Patricia Kopatchinskaja
La violoniste et compositrice moldave Patricia Kopatchinskaja est connue pour ses programmes de concert innovants, souvent doublés d’une dimension théâtrale. Son goût de l’expérimentation s’exprime dans des approches originales du répertoire traditionnel et une prédilection pour la musique des XXe et XXIe siècles. Elle a ainsi collaboré avec des compositeurs contemporains tels que Luca Francesconi, Michael Hersch et György Kurtág. Elle a précédemment été artiste en résidence auprès des Berliner Philharmoniker et de l’Orchestre philharmonique de Radio France ainsi qu’au Barbican Centre à Londres. Elle a enregistré plus de 30 CD, dont La Jeune Fille et la mort avec le Saint Paul Chamber Orchestra, qui a remporté un Grammy Award en 2018.
Aurora Orchestra
La formation britannique Aurora Orchestra, novatrice et révolutionnaire, a été fondée en 2004 et s’est frayé un chemin vers les scènes de concert internationales sous la direction de Nicholas Collon. Elle est l’un des premiers orchestres au monde à avoir fait de l’exécution sans partition sa marque de fabrique. Pour ses formats de concert originaux et interdisciplinaires, elle a notamment collaboré avec le ténor Ian Bostridge, le plasticien Edmund de Waal, le chorégraphe Wayne McGregor et la chanteuse Björk. Aurora Orchestra essaie en outre de toucher un large public par le biais de workshops et de concerts contés à destination des familles, des écoles et des enfants.
Vox Luminis
L’ensemble belge de musique ancienne Vox Luminis a été fondé en 2004 par la basse Lionel Meunier, son directeur artistique. En fonction du répertoire, le noyau fixe de solistes vocaux est accompagné d’un continuo, d’instruments solistes ou d’un orchestre. La formation se consacre à la musique anglaise, italienne et allemande du XVIIe et du début du XVIIIe siècles, du répertoire connu aux joyaux oubliés. Vox Luminis est un invité apprécié sur les scènes de concert internationales comme le Teatro Real de Madrid, le Wigmore Hall à Londres, le Lincoln Center à New York, le Boston Early Music Festival, la Bachfest Leipzig et les Salzburger Festspiele. Depuis 2021, il travaille de façon structurelle avec les célèbres Freiburger Barockorchester et Freiburger BarockConsort.
Anthony Romaniuk
Le claviériste australien Anthony Romaniuk est à l’aise dans divers styles et genres musicaux. D’abord fasciné par le jazz, il s’est spécialisé dans la musique ancienne puis s’est tourné vers l’improvisation, le rock indépendant et la musique électronique. Membre fixe de Vox Luminis, Romaniuk s’est également produit avec le ténor Reinoud Van Mechelen, l’Australian Chamber Orchestra, Camerata Bern et le groupe de rock indépendant danois Efterklang. Ses deux albums solo, Bells (2020) et Perpetuum (2023), proposent un large éventail de compositions, de Byrd et Bach à Ligeti et Crumb en passant par Beethoven et Schubert, ou encore ses propres pièces.
I. Dies iræ, dies illa,
Solvet sæclum in favilla:
Teste David cum Sibylla.
II. Quantus tremor est futurus,
Quando iudex est venturus,
Cuncta stricte discussurus!
III. Tuba, mirum spargens sonum
Per sepulchra regionum,
Coget omnes ante thronum.
IV. Mors stupebit, et natura,
Cum resurget creatura,
Iudicanti responsura.
I. Day of wrath and doom impending!
David's word with Sibyl's blending,
Heaven and earth in ashes ending!
II. Oh, what fear man's bosom rendeth,
When from heaven the Judge descendeth,
On whose sentence all dependeth.
III. Wondrous sound the trumpet flingeth;
Through earth's sepulchres it ringeth;
All before the throne it bringeth.
IV. Death is struck, and nature quaking,
All creation is awaking,
To its Judge an answer making.
VOX LUMINIS
Soprano
Victoria Cassano
Zsuzsi Toth
Liga Zirina
Alto
Sophia Faltas
Anna Bachleitner
Tenor
Adriaan De Koster
Joao Moreira
Lisandro Nesis
Bass
Vincent Berger
Lionel Meunier
AURORA ORCHESTRA
Violin
Maia Cabeza
Viola
Alinka Rowe
Christine Anderson
Cello
Sébastien van Kuijk
Double bass
Ben Griffiths
Sam Rice
Alice Kent
Daniel Molloy
Lucia Polo Moreno
Tom Morgan
Phoebe Clarke
William Puhr
Theorbo/Lute
Kristiina Watt
Trombonist
Roman Borskovskiy
Luca Faghel
Ho Guann-Tyng
Elias Meers
Chacón Albero Arnau
Annika Elisabeth Küster
Akari Koizumi
Percussion
Julie Scheuren
Structural partners
Klara, KPMG
Event partners
Belfius, Interparking, Proximus
Cultural partners
Ancienne Belgique, Belgian National Orchestra, Bozar, Brussels Philharmonic, Flagey, Kaaitheater, Muntpunt, Passa Porta
Public funding
Nationale Bank, Nationale Loterij meer dan spelen, Stad Brussel, Visit Brussels, Vlaamse Gemeenschap
Media partners
BRUZZ, De Standaard, Knack, La Première, La Trois, Le Soir, Musiq3, Radio 1, Ring TV, Le Vif, VRT Eén, VRT Canvas, VRT Max
Festival suppliers
Daniel Ost, Drukkerij VD, Fruit at Work, Tarteletto, Victor Bozar Cafe
Patrons
Wim Bossens, Alex Brabers, Tania Seynhaeve & Jan Raes, Sophie Rutten