Livret de programme

Talisker performance in 1993 in Antwerp

I Solisti & HIIIT

Talisker

21.03.2026 — 14:00
Galerie Ravenstein, Rotonde
Préface

Where Is Home? 

Un chez-soi musical

 

Un homme monte sur scène, violoncelle à la main. Il observe la salle, écarte les bras et déclare : « Bienvenue. Ce soir, vous n’êtes pas de simples spectateurs, mais des participants. Notre rencontre est un échange. » Il commence ensuite à chanter et à jouer, et tout devient clair. Tel une antenne vivante, il capte l’énergie du public et la renvoie décuplée. La salle se métamorphose en salon. Ceux qui étaient présents rentrent chez eux transformés. 


C’est à peu près ainsi que se déroule un concert d’Abel Selaocoe. Avec ce charismatique violoncelliste, chanteur et compositeur, nous vous souhaitons la bienvenue au 21e Klarafestival. En tant qu’artiste du festival, Selaocoe donnera trois concerts couvrant tout le spectre de son univers musical. De la musique traditionnelle de son pays natal, l’Afrique du Sud, au baroque en passant par le jazz, le classique contemporain et l’improvisation, il fusionne toutes ces influences pour créer une œuvre unique placée sous le signe de l’identité et des échanges culturels.

 

Le thème de cette édition du festival s’inspire du premier album du Bantu Ensemble, le groupe de Selaocoe : Where Is Home? Une question ouverte qui appelle d’innombrables réponses, surtout dans une ville aussi diversifiée que Bruxelles, où se croisent 180 nationalités et 100 langues. Notre capitale est une plaque tournante. Un refuge. Un foyer temporaire ou permanent pour d’innombrables personnes et autant d’histoires. Jour après jour, nous avons la chance de pouvoir ancrer notre festival dans un terreau aussi fertile. 

 

Le Klarafestival 2026 rend hommage à cette ville qui est la nôtre. Dans le cadre du Muziekberg/Mont des Musiques, des musiciens bruxellois investissent pendant une journée le Mont des Arts, entre le Musée des instruments de musique, Bozar, la galerie Ravenstein et les Musées royaux des Beaux-Arts. Radio Lomax et la Chorale des Invisibles (La Voix des Femmes Sans Papiers) interprètent des chansons bruxelloises aux origines diverses. 

 

Notre mission est de faire découvrir à un public aussi large que possible que la musique classique est bien vivante. Entre les mains des musiciens audacieux que nous accueillons, même les œuvres les plus familières reçoivent un nouveau souffle. Laissez-vous surprendre par la Passion selon Saint Jean de Bach sous la direction de Maxim Emelyanychev. Émerveillez-vous devant Beethoven et Strauss avec l’Orchestre Philharmonique du Luxembourg. Redécouvrez Chopin et Scriabine dans une interprétation d’Alexandre Kantorow. Ou faites connaissance avec le phénomène du clavier Anthony Romaniuk : tout comme Abel Selaocoe, il mêle sa propre musique au répertoire existant, de Bach à Björk. 

 

Cette édition du festival rassemble d’autres artistes partageant ces mêmes affinités musicales. Annelies Van Parys a ainsi achevé la 8e symphonie de son ancien professeur Luc Brewaeys. Les pianistes Kris Defoort et Stéphane Ginsburgh rendent hommage à leur ami Philippe Boesmans, qui aurait eu 90 ans en 2026. Quant à Abel Selaocoe, il improvise avec d’anciens et nouveaux alter ego musicaux et interprète un tout nouveau concerto pour violoncelle de la compositrice américaine Jessie Montgomery avec le Brussels Philharmonic. 

 

Tout ceci ne serait pas envisageable sans le soutien de nos partenaires à Bruxelles et ailleurs. Bozar, Flagey, La Monnaie, l’Ancienne Belgique, Brussels Philharmonic, l’Orchestre national de Belgique, Passa Porta, BNA-BBOT et la Fondation Luc Brewaeys contribuent à l’ADN unique du Klarafestival. Nos partenaires privés indispensables sont KPMG Belgium, Proximus, Brugse Zot, Gimv/WorxInvest et Interparking. Nous tenons à remercier la Communauté flamande, la Commission communautaire flamande, la Région de Bruxelles-Capitale et la Loterie Nationale pour leur soutien. La collaboration avec la VRT et Klara est quant à elle le secret de notre succès en tant que festival radiotélévisé. Enfin, nous adressons toute notre reconnaissance au public enthousiaste qui nous suit, tant dans la salle de concert qu’à la maison via la radio et VRT MAX. 

 

Pour Abel Selaocoe, le « chez-soi » représente bien plus qu’un bâtiment ou un lieu. « Il peut s’agir d’un espace spirituel. De quelqu’un. (...) De quelque chose que l’on découvre au détour d’un chemin. » Pendant sept ans, l’intendant Joost Fonteyne a été « chez lui » au Klarafestival. Son goût pour l’aventure et les liens sociaux transparaît plus que jamais dans le programme de ce festival. En avril 2026, il poursuivra son voyage et passera le flambeau à Jan Van den Borre. Merci du fond du cœur, Joost, pour ces belles années !

 

L’équipe du Klarafestival

Joost Fonteyne, intendant

Jan Raes, président

Chantal Pattyn, gestionnaire de réseau Klara

Programme

I SOLISTI – ensemble 

HIIIT – ensemble 

Chœur de clarinettes en collaboration avec Koninklijk Conservatorium Antwerpen, Koninklijk Conservatorium Brussel, KASK & Conservatorium Gent 

Filip Rathé – direction musicale

 

Coproduction: Bozar, Klarafestival

Dans le cadre de Fasten Seat Belts! Celebrating Luc Brewaeys 2025-2026 

 

Luc Brewaeys (1959-2015)

Talisker

Clé d'écoute

À déguster avec curiosité

Fin mars 1993, de nombreux voyageurs pénétrant dans l’imposant hall de la gare centrale d’Anvers ont été accueillis par une véritable surprise. En se dirigeant vers les quais, ils ont été submergés par le son d’un arsenal de clarinettes, de cors et de percussions. Ils assistaient à la première représentation de Talisker, donnée en guise d’ouverture spectaculaire du festival Anvers 93, célébrant le statut de capitale européenne de la culture accordé à la ville d’Anvers pendant un an.

 

Luc Brewaeys, un spectraliste sûr de lui

Luc Brewaeys s’est fait remarquer dès son plus jeune âge par une combinaison désarmante d’arrogance et d’intelligence. Les différents textes biographiques publiés depuis son décès prématuré en 2015 brossent un portrait clair du compositeur, décrivant une personnalité généreuse, talentueuse et particulièrement créative. Cette image est encore renforcée par les nombreux témoignages de personnes ayant travaillé étroitement avec lui. Ce qui ressort systématiquement, c’est son enthousiasme, son énergie, son expertise, son amour de la musique et des gens, et son art de profiter de la vie. Tous ces aspects se retrouvent également dans sa musique. Qu’il s’agisse de courtes œuvres de circonstance ou de grandes symphonies, chacune est imprégnée de sa personnalité unique.

 

La personnalité seule ne suffit bien sûr pas à construire un langage musical. Pour Luc Brewaeys, la clé de la composition résidait dans le spectralisme. Dans ce courant, les compositeurs recherchent des structures et des sons en analysant la composition interne du son lui-même. Les relations entre les différentes harmoniques, qui déterminent ensemble la couleur d’un son, constituent le point de départ de diverses réalisations musicales. Brewaeys part généralement d’une note fondamentale bien définie et construit son vocabulaire musical à partir de la série d’harmoniques que celle-ci génère.

 

Cette fascination pour le son se traduit non seulement par une étude approfondie de la composition des sons – l’analyse –, mais alimente également la recherche de sons nouveaux, souvent inédits. Ceux-ci sont généralement créés par la combinaison sophistiquée d’instruments classiques, qui permet à un nouveau son global de résulter de la somme de nombreuses petites particules sonores. Dans certains cas, Brewaeys élargit littéralement son arsenal sonore avec des instruments insolites tels qu’une baignoire, un réservoir de mazout ou une grande poubelle métallique. C’était du moins son intention dans Talisker, malgré qu’une consigne de sécurité relative aux produits inflammables en ait empêché la réalisation.

 

Résonance

L’espace spécifique pour lequel Talisker a été conçu refroidirait la plupart des compositeurs. Tout comme dans les grandes cathédrales, le temps de réverbération extrêmement long (ici, au-delà de huit secondes) du grand hall de la gare d’Anvers est une donnée acoustique incontournable. Mais si l’on ne peut rien y faire, pourquoi ne pas en tirer parti ? Luc Brewaeys a donc décidé de construire son œuvre autour de ce phénomène acoustique intéressant. Une expérience qui, la même année, lui a d’ailleurs inspiré sa Symphonie No 5, basée sur des échos et des résonances générés électroniquement. Cette cinquième symphonie a même été baptisée Laphroaigh, un whisky single malt comme le Talisker. Brewaeys ne cherchait pas à traduire en musique la singularité du whisky, mais à l’instar de ce type de boissons complexes, sa musique exige une dégustation consciente et curieuse, avec une grande ouverture d’esprit à des palettes inconnues.

 

En raison de la résonance extrême du hall de la gare, les sons se mélangent beaucoup plus que dans une salle de concert, où le temps de réverbération est d’une seconde à une seconde et demie. Luc Brewaeys a ainsi eu l’opportunité de créer d’autres harmonies et de faire résonner les instruments entre eux. L’une des techniques qu’il utilise à cet effet est un mouvement oscillatoire : l’alternance rapide entre deux notes différentes, dont la réverbération génère une illusion de simultanéité.

 

Une autre idée astucieuse avec laquelle le compositeur aime jouer est le mélange de différentes couleurs sonores. Par exemple, en faisant entrer doucement le cor alors que la résonance d’une note forte à la clarinette s’éteint encore, il crée une connexion parfaite entre les deux instruments.

 

Cette orchestration minutieuse est étroitement liée à l’instrumentation unique de Talisker. La partition est écrite pour un chœur de 22 clarinettes et six percussionnistes, complété par des solistes à la clarinette, à la clarinette contrebasse, au cor et aux percussions. La combinaison de tous les types de clarinettes (de la petite clarinette en mi bémol à l’impressionnante clarinette contrebasse) avec le cor produit un son assez homogène. Les percussions se composent d’instruments à peau (bongos et différents types de tambours), de percussions mélodiques et de toutes sortes de gongs. Ici aussi, l’acoustique a joué un rôle dans le choix des instruments : les sons avec une attaque claire restent rythmiquement lisibles, malgré la longue réverbération.

 

Comme mentionné précédemment, Brewaeys rêvait d’un grand conteneur métallique servant d’instrument de musique. Celui-ci était supposé tomber de haut à un moment donné, produisant un bruit infernal. Lorsque cette idée a été abandonnée pour des raisons de sécurité, le compositeur a trouvé une alternative valable en faisant chuter quelques cymbales sur scène. Le résultat est un choc sonore, exactement ce que Brewaeys recherchait. (Même s’il aurait sans doute également apprécié les regards étonnés du public si un conteneur était effectivement tombé du plafond). Ce qui est toutefois crucial, c’est ce qui suit le choc. Comment l’auditeur perçoit-il les autres sons après avoir été surpris par un grand bruit ? Comment cette surprise influence-t-elle la perception qui suit ?

 

Un autre effet, beaucoup plus subtil, est obtenu lorsque certains clarinettistes jouent en plaçant leur pavillon contre une peau de timbale. Les vibrations de leur instrument se propagent dans la peau, dont la hauteur peut être réglée à l’aide d’un système de pédales. Brewaeys crée ainsi une nouvelle couleur sonore avec les moyens existants, une couleur qui bénéficie en outre d’une acoustique somptueuse. Cette même acoustique confère à la musique une sorte d’impression statique, bien que la partition soit pourtant assez rythmée.

 

Talisker dans la galerie Ravenstein

Dans un article publié en 1993, Eric Antonis, intendant d’Anvers 93, décrivait l’interprétation de Talisker comme « un petit miracle ». Personne n’avait sans doute prévu l’impact considérable de cet événement. Une trentaine d’années plus tard, Talisker a été rejouée à de nombreuses reprises, ce qui est assez exceptionnel pour un projet in situ. La galerie Ravenstein à Bruxelles, également fréquentée quotidiennement par d’innombrables navetteurs, est un espace intéressant pour accueillir cette œuvre. Une partie des musiciens est installée dans les galeries supérieures et se déplace dans l’espace en empruntant les escaliers. Le résultat est une expérience qui vous place à l’endroit préféré de Luc Brewaeys : au cœur du son.

 

Klaas Coulembier

Traduction: Judith Hoorens 

Biographies

I SOLISTI

I SOLISTI a vu le jour il y a 30 ans sous la forme d’un octuor à vent. Sous la direction de son fondateur et directeur artistique Francis Pollet, il s’est développé pour devenir une maison de production internationale. L’ensemble se compose d’un noyau fixe de 25 musiciens, chacun jouissant d’une solide réputation en tant que soliste, musicien d’orchestre ou de chambre. Ce noyau est élargi ou réduit en fonction du projet. I SOLISTI allie une réflexion conceptuelle et dramaturgique à des interprétations de qualité dans le cadre de projets originaux, allant d’œuvres de musique de chambre intimistes et de chefs-d’œuvre imposants à de nouvelles créations, en passant par l’opéra et le théâtre musical. En outre, l’ensemble offre des opportunités aux jeunes musiciens et compositeurs au sein de la I SOLISTI ACADEMY. 


HIIIT

L’ensemble de percussions HIIIT (anciennement Slagwerk Den Haag) est un groupe de musiciens originaux qui explore les frontières de la musique contemporaine, animé par une curiosité pour le rythme et le son sous toutes leurs formes. L’ensemble souhaite renouveler activement la musique pour percussions et a élargi son répertoire grâce à des collaborations avec des compositeurs tels que Mauricio Kagel, John Cage, Karlheinz Stockhausen, Steve Reich et Michel van der Aa. En outre, HIIIT mène des recherches artistiques sur le son, la structure et le mode de jeu en utilisant des percussions traditionnelles, des instruments fabriqués par ses propres soins et des outils électroniques. Il est ouvert à des projets interdisciplinaires avec d’autres formes d’art telles que la danse, le théâtre et les arts plastiques.
 

Filip Rathé

Le chef d’orchestre et compositeur Filip Rathé a étudié le piano et la direction d’orchestre au Conservatoire royal de Gand. Il s’est ensuite perfectionné en direction d’orchestre auprès de László Heltay et Pierre Cao, et a étudié la composition avec Lucien Goethals et la musicologie avec Herman Sabbe. Depuis 1993, Rathé est directeur artistique et chef d’orchestre de l’ensemble SPECTRA pour la musique contemporaine, avec lequel il a créé plus de 200 nouvelles œuvres en Europe et en Amérique du Sud. Il a également travaillé comme chef d’orchestre invité avec, entre autres, le Symfonieorkest Vlaanderen, le Brussels Philharmonic, HYOID, le HERMESensemble et Musiques Nouvelles. Ses compositions ont été interprétées par des ensembles tels que le Vlaams Radiokoor, ASKO, Kremerata Baltica et les Neue Vocalsolisten Stuttgart.

Partenaires

Structural partners

Klara, KPMG

 

Event partners

Brouwerij Halve Maan, Gimv | Worxinvest, Interparking, Proximus

 

Cultural partners

Ancienne Belgique, Belgian National Orchestra, Bozar, Brussels Philharmonic, De Munt | La Monnaie, Flagey, Muntpunt, Museum of Musical Instruments, Passa Porta

 

Public funding

Nationale Bank, Nationale Loterij meer dan spelen, Stad Brussel, Visit Brussels, Vlaamse Gemeenschap

 

Media partners

BRUZZ, De Standaard, La Première, La Trois, Le Soir, Musiq3, Radio 1, Ring TV, VRT Eén, VRT Canvas, VRT Max

 

Festival suppliers

Daniel Ost, Drukkerij VD, Maison Dandoy

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