Belgian National Orchestra, Geoffrey Paterson & Ekaterina Levental
Exiles
Where Is Home?
Un chez-soi musical
Un homme monte sur scène, violoncelle à la main. Il observe la salle, écarte les bras et déclare : « Bienvenue. Ce soir, vous n’êtes pas de simples spectateurs, mais des participants. Notre rencontre est un échange. » Il commence ensuite à chanter et à jouer, et tout devient clair. Tel une antenne vivante, il capte l’énergie du public et la renvoie décuplée. La salle se métamorphose en salon. Ceux qui étaient présents rentrent chez eux transformés.
C’est à peu près ainsi que se déroule un concert d’Abel Selaocoe. Avec ce charismatique violoncelliste, chanteur et compositeur, nous vous souhaitons la bienvenue au 21e Klarafestival. En tant qu’artiste du festival, Selaocoe donnera trois concerts couvrant tout le spectre de son univers musical. De la musique traditionnelle de son pays natal, l’Afrique du Sud, au baroque en passant par le jazz, le classique contemporain et l’improvisation, il fusionne toutes ces influences pour créer une œuvre unique placée sous le signe de l’identité et des échanges culturels.
Le thème de cette édition du festival s’inspire du premier album du Bantu Ensemble, le groupe de Selaocoe : Where Is Home? Une question ouverte qui appelle d’innombrables réponses, surtout dans une ville aussi diversifiée que Bruxelles, où se croisent 180 nationalités et 100 langues. Notre capitale est une plaque tournante. Un refuge. Un foyer temporaire ou permanent pour d’innombrables personnes et autant d’histoires. Jour après jour, nous avons la chance de pouvoir ancrer notre festival dans un terreau aussi fertile.
Le Klarafestival 2026 rend hommage à cette ville qui est la nôtre. Dans le cadre du Muziekberg/Mont des Musiques, des musiciens bruxellois investissent pendant une journée le Mont des Arts, entre le Musée des instruments de musique, Bozar, la galerie Ravenstein et les Musées royaux des Beaux-Arts. Radio Lomax et la Chorale des Invisibles (La Voix des Femmes Sans Papiers) interprètent des chansons bruxelloises aux origines diverses.
Notre mission est de faire découvrir à un public aussi large que possible que la musique classique est bien vivante. Entre les mains des musiciens audacieux que nous accueillons, même les œuvres les plus familières reçoivent un nouveau souffle. Laissez-vous surprendre par la Passion selon Saint Jean de Bach sous la direction de Maxim Emelyanychev. Émerveillez-vous devant Beethoven et Strauss avec l’Orchestre Philharmonique du Luxembourg. Redécouvrez Chopin et Scriabine dans une interprétation d’Alexandre Kantorow. Ou faites connaissance avec le phénomène du clavier Anthony Romaniuk : tout comme Abel Selaocoe, il mêle sa propre musique au répertoire existant, de Bach à Björk.
Cette édition du festival rassemble d’autres artistes partageant ces mêmes affinités musicales. Annelies Van Parys a ainsi achevé la 8e symphonie de son ancien professeur Luc Brewaeys. Les pianistes Kris Defoort et Stéphane Ginsburgh rendent hommage à leur ami Philippe Boesmans, qui aurait eu 90 ans en 2026. Quant à Abel Selaocoe, il improvise avec d’anciens et nouveaux alter ego musicaux et interprète un tout nouveau concerto pour violoncelle de la compositrice américaine Jessie Montgomery avec le Brussels Philharmonic.
Tout ceci ne serait pas envisageable sans le soutien de nos partenaires à Bruxelles et ailleurs. Bozar, Flagey, La Monnaie, l’Ancienne Belgique, Brussels Philharmonic, l’Orchestre national de Belgique, Passa Porta, BNA-BBOT et la Fondation Luc Brewaeys contribuent à l’ADN unique du Klarafestival. Nos partenaires privés indispensables sont KPMG Belgium, Proximus, Brugse Zot, Gimv/WorxInvest et Interparking. Nous tenons à remercier la Communauté flamande, la Commission communautaire flamande, la Région de Bruxelles-Capitale et la Loterie Nationale pour leur soutien. La collaboration avec la VRT et Klara est quant à elle le secret de notre succès en tant que festival radiotélévisé. Enfin, nous adressons toute notre reconnaissance au public enthousiaste qui nous suit, tant dans la salle de concert qu’à la maison via la radio et VRT MAX.
Pour Abel Selaocoe, le « chez-soi » représente bien plus qu’un bâtiment ou un lieu. « Il peut s’agir d’un espace spirituel. De quelqu’un. (...) De quelque chose que l’on découvre au détour d’un chemin. » Pendant sept ans, l’intendant Joost Fonteyne a été « chez lui » au Klarafestival. Son goût pour l’aventure et les liens sociaux transparaît plus que jamais dans le programme de ce festival. En avril 2026, il poursuivra son voyage et passera le flambeau à Jan Van den Borre. Merci du fond du cœur, Joost, pour ces belles années !
L'équipe du Klarafestival
Joost Fonteyne, intendant
Jan Raes, président
Chantal Pattyn, gestionnaire de réseau Klara
Belgian National Orchestra
Geoffrey Paterson – direction musicale
Ekaterina Levental – harpe, mezzo-soprano
Introduction (a capella)
Caroline Shaw (1982)
And So
Isang Yun (1917-1995)
Piri for solo oboe
-
II.
Intermezzo
Max Richter (1966)
Exiles
Luciano Berio (1925-2003)
Sequenza III
Jóhann Jóhannsson (1969-2018)
The Miners’ Hymns
-
The Cause of Labour Is the Hope of the World
Intermezzo (Ritual)
Manuel de Falla (1876-1946)
Siete canciones populares españolas
-
Nana
Oliver Knussen (1952-2018)
Gong
Henryk Górecki (1933-2010)
Symphony No. 3, Op. 36
- II. Lento e largo – Tranquillissimo
Les habitués du déracinement
Frontière naturelle. Frontière linguistique. Frontière artificielle. Le mot « frontière » est, pour certains, un concept purement pratico-physique. Pour d’autres, il est lourd de sens. Une ligne d’arrivée chargée de connotations émotionnelles. Un synonyme de vie meilleure. Les conflits armés, le changement climatique ou le risque de persécution obligent des millions de personnes à abandonner le pays qui est le leur. Lorsque trop de limites ont été franchies, il ne reste parfois qu’une solution : traverser la frontière.
En parfaite adéquation avec le thème du festival Where Is Home?, ce concert-aventure retrace des histoires musicales sur le déracinement et la quête d’appartenance. « Pour moi, être chez soi, c’est se sentir chez soi, là où je suis la bienvenue, » explique la chanteuse et harpiste Ekaterina Levental, qui a elle-même fui l’Ouzbékistan occupé par l’Union soviétique pour se réfugier aux Pays-Bas. Elle vous emmène dans une odyssée qui dévoile, en quatre étapes, l’intimité d’un parcours migratoire.
1. No Longer Ours
Que signifie tout perdre ? Quand décide-t-on de tout abandonner ? Quand cède-t-on à l’urgence ? Cette première partie exprime le sentiment de ne plus être le bienvenu. And So de Caroline Shaw (°1982), lauréate du Prix Pulitzer, fait entendre sa voix pour la première fois ce soir. Hésitation et réflexion : Shaw, compositrice phare à Bozar la saison dernière, combine ses propres textes avec des mots de Gertrude Stein, Robert Burns et Billy Joel. Les textes ludiques et récursifs font référence à la perte et à la futilité : « Or will we fade to stanzas of the dust? That, I suppose is all we were and all we’ll be? » (Ou allons-nous disparaître en strophes de poussière ? C’est, je suppose, tout ce que nous étions et tout ce que nous serons ?) Il ne vous reste parfois rien, sinon votre propre langue.
Le compositeur sud-coréen Isang Yun (1917-1995) le connaît sur le bout des doigts, ce sentiment d’être un élément indésirable. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Yun est arrêté en tant que membre du mouvement indépendantiste coréen, la Corée étant une colonie japonaise jusqu’en 1945. Il passe des mois dans une petite cellule. À partir des années 1950, il poursuit ses études à Paris et en Allemagne, mais l’histoire se répète brutalement. En 1967, soupçonné d’espionnage, il est kidnappé à Berlin-Ouest par les services secrets sud-coréens. Après plusieurs jours dénués de toute perspective, il se retrouve dans une prison à Séoul : le pays pour lequel il s’est battu lui tourne le dos. Yun est torturé et tente de se suicider avant d’être libéré grâce à une pétition à grande échelle. Il s’installe ensuite définitivement en Allemagne. En 1971, il compose Piri pour hautbois solo, un cri d’alarme qui appelle à la connexion. « Ici, le hautbois est la voix du prisonnier dans son cachot. Il exprime la souffrance, mais aussi la tentative de surmonter le manque apparent de liberté et d’atteindre la liberté spirituelle » : c’est ainsi que l’écrivaine Luise Rinser, grande amie de Yun, interprète cette composition mystérieuse.
2. The Long Walk
Le voyage vers la survie se poursuit. Nous parvenons à Sequenze III de Luciano Berio (1925-2003). Dans la préface de la partition de cette œuvre pour voix solo de 1965, le compositeur italien indique que « la voix ne peut jamais s’abstenir de véhiculer une multitude de connotations ». Le texte se limite à trois lignes, ce qui confère un rôle chargé de sens à l’articulation, au timbre et à l’intonation. « Give me a few words for a woman / To sing a truth allowing us / To build a house without worrying before night comes. » (Donne-moi quelques mots/pour qu’une femme/puisse chanter une vérité nous permettant/de construire une maison sans s’inquiéter/avant que la nuit ne tombe.) Berio découpe ce texte en fragments à peine reconnaissables et laisse la soliste chanter, bégayer ou bredouiller. Comme si le personnage principal avait momentanément perdu son identité. Cette œuvre a été écrite sur mesure pour sa femme, la chanteuse et compositrice américaine Cathy Berberian, connue pour son caractère excentrique.
3. Foreign Ground
Le voyage interminable s’achève, mais sans arrivée ni réconfort. L’œuvre centrale de ce soir, Exiles, a été composée en 2015 par le post-minimaliste britannique Max Richter (°1966), profondément touché par la crise migratoire sans précédent au Moyen-Orient : « C’est une sorte de désorientation psychologique et de traumatisme », dit-il à propos du voyage forcé des migrants. La musique, qui se déploie lentement, oscille autour d’une mélodie répétitive au piano et incite à la réflexion. Pas à pas, l’orchestre s’enrichit, sans rien perdre de sa vulnérabilité. Le paysage semble infini et les cicatrices sont à vif. Ici, le silence en dit plus long que les mots. L’horizon est en vue.
4. Still, We Sing
Une fois la destination atteinte, l’espoir se heurte à l’incertitude. Finalement, dans un endroit étranger, chacun tente de se rattacher à quelque chose de familier : un proche, une langue, une communauté. The Cause of Labour Is the Hope of the World de Jóhann Jóhannsson (1969-2018) rend hommage aux mineurs britanniques. Une puissante section de cuivres éveille de grandes attentes pour l’avenir et célèbre l’esprit communautaire qui règne parmi les mineurs. Leventhal passe par la mélancolique berceuse Nana de Manuel de Falla (1876-1946) pour nous conduire vers deux chants a capella pour soprano du compositeur britannique Oliver Knussen (1952-2018). Après l’épigramme Rose, que le poète pragois Rainer Maria Rilke fit graver sur sa pierre tombale, suit Gong, un poème de Rilke datant des années 1920. La musique nous dépasse, fait chanter la traduction de ce texte magnifique pour s’élever bien plus loin que nous.
Avec le deuxième mouvement de la Symphonie n° 3 de Henryk Mikolaj Górecki (1933-2010), nous jetons un dernier regard en arrière. Nous pleurons ce qui a été laissé derrière nous. Dans cette « symphonie de lamentations », une soprano chante la souffrance humaine. Ses paroles sont tirées du texte écrit par une jeune fille sur le mur d’une cellule de prison de la Gestapo à Zakopane. L’orchestre, libéré ici des sonorités vives des hautbois ou des trompettes, l’accompagne avec lenteur, douceur et simplicité. Seule une poignée d’accords est répétée en continu, comme s’il s’agissait d’une litanie. Comme l’histoire qui ne cesse de se répéter. Enfin, Ekaterina Levental reprend la parole et éteint doucement la lumière, tandis que nos pensées continuent de scintiller, attisées.
Guillaume De Grieve
Belgian National Orchestra
Le Belgian National Orchestra a depuis toujours élu domicile au Palais des Beaux-Arts (Bozar). Grâce à des collaborations régulières avec le Festival van Vlaanderen et le Festival de Wallonie, il se produit également régulièrement dans toutes les capitales provinciales du pays. Sur la scène internationale, le BNO se fait remarquer par ses tournées à l’étranger et en assurant l’accompagnement du Concours Reine Élisabeth. Outre le répertoire symphonique, le BNO se consacre également à des musiques de films, des expériences avec des artistes pop tels qu’Ozark Henry ou Stromae, et des créations contemporaines de compositeurs tels qu’Annelies Van Parys, Michael Daugherty ou Andrew Norman. Depuis 2022, le BNO est dirigé par le chef d’orchestre néerlandais Antony Hermus et collabore régulièrement avec des chefs d’orchestre internationaux invités.
Geoffrey Paterson
Le chef d’orchestre britannique Geoffrey Paterson est actif tant sur les scènes d’opéra que de concert. Il a d’abord appris les ficelles du métier à la Royal Opera House, où il a collaboré avec Antonio Pappano, Daniele Gatti, Andris Nelsons et Mark Elder. Depuis, il a notamment dirigé l’Orchestra of the Age of Enlightenment, le BBC Philharmonic, le London Sinfonietta et le Philharmonia Orchestra. Son parcours en tant qu’étudiant en composition dans la classe d’Alexander Goehr et les masterclasses suivies avec Pierre Boulez et Peter Eötvös font de Paterson un interprète passionné de musique contemporaine. Il a ainsi assuré des créations de Harrison Birtwistle, Peter Maxwell Davies et James Dillon et dirigé de nombreuses interprétations très appréciées de chefs-d’œuvre du XXe siècle.
Ekaterina Levental
La chanteuse et harpiste Ekaterina Levental passe sans effort de l’opéra à la musique de chambre et au théâtre musical, avec un répertoire allant du baroque au contemporain. Elle est également connue pour ses performances musico-théâtrales dans lesquelles elle utilise sa voix, sa harpe et son corps comme instruments pour raconter des histoires sur le déracinement et la quête d’identité et d’estime de soi. Son triptyque autobiographique De Weg – De Grens – Schoppenvrouw (Le Chemin – La Frontière – La Dame de pique), basé sur son expérience de réfugiée d’Ouzbékistan aux Pays-Bas, a été joué des centaines de fois en Europe, en Asie et en Afrique du Sud. En tant que chanteuse, elle a également réalisé, en collaboration avec le pianiste Frank Peters, le premier enregistrement intégral des lieder de Nikolai Medtner, répartis sur cinq CD acclamés internationalement.
Sur présentation de votre ticket pour ce concert, profitez d’une Sportzot ou d’une Brugse Zot gratuite à la place Horta à partir de 19h, offerte par la Brasserie De Halve Maan.
Konzertmeister
Kristie Su
Premiers violons
Lev Adamov
Isabelle Chardon
Sarah Guiguet
Maria-Elena Boila
Annija Endija Kolerta
Anastasia Filippochkina
Françoise Gilliquet
Luis Greiner
Philip Handschoewerker
Akika Hayakawa
Keika Kawashima
Timur Kolesnikov
Ariane Plumerel
Isabelle Rowland
Serge Stons
Deuxièmes violons
Filip Suys
Nathalie Lefin
Marie Danielle Turner
Michael Bonnay
Sophie Demoulin
Isabelle Deschamps
Pierre Hanquin
Andre Hosszu
Anouk Lapaire
Oscar Lerma Barrero
Louis Noël
Sarah Orero
Ekaterina Philippovich
Ana Spanu
Alti
Charlie Galante
Mihoko Kusama
Dmitri Ryanbinin
José Azevedo
Silvia Tentori Montalto
Katelijne Onsia
Sophie Destivelle
Daniel Poncela Montalban
Abraham Constantino
Frederik Camacho
Jorge Ramos
Violoncelles
Dmitry Silvian
Harm Van Rheeden
Taras Zanchak
Lesya Demkovych
Uros Nastic
Duarte Matos
Shiho Nishimura
Lucia Otero
Frederika Mareels
Irene Cancer Navarro
Contrebasses
Svetoslav Dimitriev
Miguel Meulders
Isa Opstaele
Robertino Mihai
Serghei Gorlenko
Grecia Crehuet Ramos
Lennert Janssen
Fred Dothee
Hautbois
Dimitri Baeteman (solo dans Piri)
Clarinettes
Julien Bénéteau
Lena La Mela
Vladimir Pavtchinksy
Himawari Arai
Cors
Anthony Devriendt
Bernard Wasnaire
Bart Cypers
Bernard Wasnaire
Trompettes
Leo Wouters
Ward Opsteyn
Rudy Moercant
Steven Devolder
Pierre-Louis Marques
Jacob Janssen
Trombones
Guido Liveyns
Bruno De Busschere
Geert Devos
Wim Matheeuwese
Tuba
Jan De Maeseneer
Timbales
Nico Schoeters
Percussions
Katia Godart
Koen Maes
Harpe
Annie Lavoisier
Roberta Brambilla
Piano
Eve Beroux
Celesta
Ilze De Maeyer
Structural partners
Klara, KPMG
Event partners
Brouwerij Halve Maan, Gimv | Worxinvest, Interparking, Proximus
Cultural partners
Ancienne Belgique, Belgian National Orchestra, Bozar, Brussels Philharmonic, De Munt | La Monnaie, Flagey, Muntpunt, Museum of Musical Instruments, Passa Porta
Public funding
Nationale Bank, Nationale Loterij meer dan spelen, Stad Brussel, Visit Brussels, Vlaamse Gemeenschap
Media partners
BRUZZ, De Standaard, La Première, La Trois, Le Soir, Musiq3, Radio 1, Ring TV, VRT Eén, VRT Canvas, VRT Max
Festival suppliers
Daniel Ost, Drukkerij VD, Maison Dandoy